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	<title>Anne BRunswic</title>
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		<title>3. La photographie comme profanation</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Brunswic</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Article diffus&#233; sur le site du &lt;strong&gt;Quai des Images&lt;/strong&gt; et d'autres sites web en 1999.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.annebrunswic.fr/-Rares-et-introuvables,3-" rel="directory"&gt;4. Rares et introuvables&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH125/arton18-086a5.jpg&quot; width='150' height='125' style='height:125px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La photographie compos&#233;e avec soin repr&#233;sente, sur un quai de gare au fond duquel se dessine une ville, sept soldats accroupis en train de se soulager au bord d'un foss&#233; jonch&#233; de papiers froiss&#233;s et une dizaine d'autres debout, occup&#233;s &#224; se reboutonner.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De part et d'autre de cette double rang&#233;e d'hommes, deux trains de marchandises enserrent le quai et la sc&#232;ne. Dans l'ouverture des portes, on aper&#231;oit d'autres hommes en uniforme qui ont sans doute d&#233;j&#224; satisfait leurs besoins naturels. Un peu plus loin sur le quai, deux becs de gaz pour l'heure &#233;teints indiquent un certain degr&#233; de civilisation urbaine. A gauche, du c&#244;t&#233; de la fosse d'aisance improvis&#233;e se dresse une palissade d'un m&#232;tre environ.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La t&#244;le clou&#233;e sur des pieux de bois ne monte pas assez haut pour prot&#233;ger des regards. Au fond, c&#244;t&#233; ville, d'autres soldats tous coiff&#233;s d'un calot et couverts de la m&#234;me capote en drap regardent plus ou moins en direction de l'appareil photo. L'horizon de ce c&#244;t&#233; est ferm&#233; par des maisons de quatre ou cinq &#233;tages. Parmi les accroupis, seuls les deux les plus &#233;loign&#233;s regardent du c&#244;t&#233; de l'objectif. Ils sont trop loin pour qu'on puisse interpr&#233;ter l'expression de leur visage.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_1181 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.annebrunswic.fr/IMG/jpg/LATRINES2.jpg&quot; title='JPEG - 94.7 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH125/LATRINES2-d47cd-34a09.jpg' width='150' height='125' alt='JPEG - 94.7 ko' style='height:125px;width:150px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:150px;'&gt;&lt;strong&gt;Agrandir la photo&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Le premier plan se partage entre deux hommes : un jeune de profil, accroupi, pantalon tirebouchonn&#233; aux genoux, la main droite gliss&#233;e sous le fondement, un autre plus &#226;g&#233;, debout, qui regarde droit le photographe. Un m&#233;got gliss&#233; entre les l&#232;vres entrouvertes, le front pliss&#233;, les yeux cern&#233;s, la main gauche o&#249; brille une chevali&#232;re mont&#233;e &#224; hauteur du col. Il ne sourit pas. Peut-&#234;tre parle-t-il ? J'aime &#224; penser qu'il maudit ce photographe qui les immortalise dans leur d&#233;f&#233;cation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette photographie, le visiteur du mus&#233;e de l'Armistice &#224; Rethondes peut la voir au moyen d'un st&#233;r&#233;oscope (qui &#233;claire par derri&#232;re une double plaque de verre et donne une impression de relief) dans une s&#233;rie intitul&#233;e &#171; La vie du poilu &#187;. Un petit gar&#231;on port&#233; dans les bras de son p&#232;re colle ses yeux contre l'appareil. La grand-m&#232;re commente &#171; Ton arri&#232;re-papi y &#233;tait &#187;. Cette image absolument unique par son &#171; sujet &#187; , expos&#233;e depuis plus de dix ans dans la clairi&#232;re de Rethondes, vient de para&#238;tre en grand format dans &#171; La Premi&#232;re Guerre Mondiale, l'album photo in&#233;dit &#187; page 172-173 (Ed. Little Big Man, ao&#251;t 2001). Jean-Pierre Verney, collectionneur de photos de guerre, signe les l&#233;gendes et les commentaires de l'ouvrage. &#171; Latrines collectives, le long d'un convoi ferroviaire de transport de permissionnaires &#187; dit la l&#233;gende. Le commentaire &#233;voque les mutineries de 1917 et la sagesse de ce &#171; vieux soldat &#187; qu'est le g&#233;n&#233;ral P&#233;tain qui comprend vite que leurs motivations ne sont pas vraiment r&#233;volutionnaires : &#171; Les hommes veulent une am&#233;lioration de l'ordinaire&#8230;Le principal, le r&#233;gime des permissions&#8230; elles sont souvent report&#233;es ou annul&#233;es. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la photo dit bien plus que ces propos l&#233;nifiants. Ces hommes qu'on vient de figer pour l'&#233;ternit&#233; en train de chier, qui leur a demand&#233; la permission de les prendre en photo ? Personne, sans doute. Y auraient-ils consenti ? S&#251;rement pas. Qu'importe puisqu'on a pris l'habitude depuis trente mois que dure cette horreur de leur voler leurs vies, corps et &#226;me, nuit et jour, &#233;t&#233; comme hiver. Depuis longtemps, ils ne s'appartiennent plus. Depuis longtemps, ils n'ont plus d'autre identit&#233; que ce num&#233;ro matricule qui viendra bient&#244;t s'aligner dans la statistique des pertes. Voil&#224; beau temps qu'ils n'ont plus rien &#224; cacher &#224; leurs voisins de cloaque, beau temps qu'ils ont tout vu du corps de leurs fr&#232;res d'armes, jusqu'aux visc&#232;res tra&#238;nant dans la boue, aux cervelles &#233;parpill&#233;es, aux orbites &#233;nucl&#233;&#233;es. Entre eux, foin des pudeurs de fillette. Mais la photographie, c'est autre chose. Qui peut oser photographier un homme, voire un groupe d'hommes, en train de d&#233;f&#233;quer ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma stupeur ne vient pas du fait que les voyageurs du train s'arr&#234;tent un instant au bord de la voie ferr&#233;e pour se vider les boyaux, comme ils ont d&#251; le faire bien souvent dans les bourbiers de leurs tranch&#233;es, surtout quand la peur les prenait au ventre, ou les maladies. Elle ne vient pas du fait qu'ils semblent parfaitement &#224; l'aise malgr&#233; la promiscuit&#233; qui les colle &#224; moins d'un m&#232;tre les uns des autres. Elle vient de ce que quelqu'un aos&#233; prendre la photographie, installer le tr&#233;pied, ajuster la double mise au point de la st&#233;r&#233;oscopie. Elle vient de ce que pas un de ceux qui &#233;taient pris sur le vif n'a fait ce que vous ou moi aurions fait : envoyer le photographe et son appareil se faire pendre ailleurs. Ma stupeur est redoubl&#233;e du fait que la photographie est montr&#233;e aujourd'hui &#224; des fins &#233;difiantes &#8211; honorer la m&#233;moire des martyrs, rem&#233;morer les d&#233;tails de leur vie quotidienne au bord du gouffre &#8211; qu'elle est expos&#233;e aux yeux de tous, publi&#233;e dans un album &#224; grand tirage, mise en circulation de la mani&#232;re la plus anodine, sans susciter le moindre haut-le-c&#339;ur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Interrogez-vous : avez-vous d&#233;j&#224; vu une seule photographie repr&#233;sentant un homme ou une femme en train de d&#233;f&#233;quer ? Pour ma part, jamais. En train de copuler, oui. D'accoucher, oui. De se fourrer les doigts dans le nez, dans les oreilles, dans le slip&#8230;, oui, tant que vous voudrez. La scatologie me direz-vous ? Soit mais dans le registre litt&#233;raire de la gaudriole, de la gauloiserie, du &#171; carnaval &#187; pour reprendre le mot de Bakhtine. Comme genre pictural, on citerait quelques caricatures de Chaval ou de Topor, des bandes dessin&#233;es pour adultes &#224; l'humour ravageur, ou plus pr&#232;s de nous quelques provocations post-dada&#239;stes o&#249; la merde d&#251;ment authentifi&#233;e se hisse au rang d'&#339;uvre d'art. Mais la r&#233;f&#233;rence de cette photographie de guerre n'est pas &#224; chercher du c&#244;t&#233; de ces provocations esth&#233;tiques. Plut&#244;t dans le naturalisme de la &#171; Belle Epoque &#187; finissante, go&#251;t du d&#233;tail vrai dans sa vulgarit&#233;, go&#251;t de montrer le peuple dans sa nature brutale. Naturaliste se dit aussi du taxidermiste qui diss&#232;que pour mieux empailler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce regard &#171; objectif &#187; est celui du praticien qui examine sans se payer de mots les plaies purulentes de l'humanit&#233; souffrante. De l'humain, le praticien n'a &#224; conna&#238;tre que les fonctions. Il a le coup d'&#339;il s&#251;r, l'esprit pratique, le jugement rapide. Il sait ce qui est bon pour le malade, celui-ci d&#251;t-il en mourir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Questions en suspens : dans quelle intention la photographie a-t-elle &#233;t&#233; prise ? pourquoi ceux qui y figurent en si pi&#232;tre posture ne se rebellent pas contre le preneur de vue ? pourquoi exhibe-t-on aujourd'hui dans un lieu &#224; la gloire des soldats une image qui leur a &#233;t&#233; manifestement vol&#233;e ?
L'intention. S'agit-il de d&#233;noncer des conditions de vie inhumaines, du moins d'en porter t&#233;moignage ? En ce cas, on choisirait &#224; coup s&#251;r une circonstance plus choquante. S'agit-il de c&#233;l&#233;brer un moment de relatif r&#233;pit dans cette g&#233;henne ? Le moment n'est pas appropri&#233;. De rapporter du front un clich&#233; &#171; curieux &#187;, &#171; scabreux &#187;, &#171; amusant &#187;, &#171; viril &#187;, &#171; paillard &#187;, en un mot original ? Peut-&#234;tre bien mais alors, quelle d&#233;sinvolture !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qui a pu prendre la photo ? Un des hommes de la troupe pour conserver un souvenir de ses camarades ? Hypoth&#232;se d'autant moins probable que le mat&#233;riel photographique est loin d'&#234;tre encore accessible &#224; tous, a fortiori celui qui permet de prendre des vues st&#233;r&#233;oscopiques. De plus, les autorit&#233;s militaires, par crainte des espions autant que de la d&#233;moralisation de l'arri&#232;re, interdisent la pratique de la photo en amateur. Certains ont tout de m&#234;me clandestinement accumul&#233; des collections impressionantes, comme ce soldat canadien Jack Turner, engag&#233; volontaire de 1915 &#224; 1919, qui a cach&#233; son appareil photo de fabrication allemande de 2 x 3 pouces sous sa manche. Le clich&#233; vient plus vraisemblablement d'un agent de la section photographique des arm&#233;es. Encore qu'il ne soit gu&#232;re utilisable &#224; des fins de propagande ni de renseignement. Beaucoup de ces agents prennent cependant tout ce qu'ils jugent int&#233;ressant et se constituent, en parall&#232;le, des collections de souvenirs personnels. A moins qu'il ne s'agisse d'un grad&#233; en qu&#234;te de pittoresque. Mais que sont ces hommes pour lui ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Celui qui prend cette photo n'accepterait pas d'y figurer. Elle est d&#233;gradante et il ne peut l'ignorer. Les hommes qu'il pointe dans l'objectif sont une masse, un collectif, une sous-humanit&#233; born&#233;e par ses fonctions physiologiques. Des natures mortes, ou presque. Des gars juste bons pour le service. Bons &#224; mourir pour la patrie. Avec une permission annuelle pour engrosser leurs l&#233;gitimes qui donneront &#224; la patrie une nouvelle (g&#233;n&#233;)ration de chair &#224; canon. Regard raciste qui fige l'autre en indig&#232;ne exotique, en &#233;ternit&#233; d'une nature sans histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourquoi les hommes se laissent-ils faire ? Sont-ils inconscients de ce qui se trame au moyen de cet appareil comme le sont encore aujourd'hui certains Papous de Nouvelle Guin&#233;e ? Beaucoup de paysans fran&#231;ais se sont fait photographier pour la premi&#232;re fois en 1914 avant d'aller au front. Le portrait a pris place sur le buffet avant de se loger sur les m&#233;daillons &#233;maill&#233;s des cimeti&#232;res ou des monuments aux morts. A moins que ces permissionnaires (sont-ils en partance pour leurs foyers ou de retour vers le front ?) ne soient trop las de tout, trop habitu&#233;s &#224; &#234;tre ceux qu'on habille de bleu horizon, qu'on nourrit de rata, qu'on assomme &#224; la gn&#244;le et au bourrage de cr&#226;nes, qu'on avance, qu'on recule, qu'on sacrifie, qu'on d&#233;chire, qu'on torture et qu'on d&#233;sesp&#232;re sans fin. Ils ont bien d'autres soucis en t&#234;te que l'image qu'ils laisseront &#224; la post&#233;rit&#233; : survivre &#224; cette horreur serait beaucoup, conserver ses deux jambes, ses bras, son sexe et sa t&#234;te en &#233;tat de marche serait un luxe inou&#239;. Alors, ce couillon de photographe qui fait le malin &#224; un m&#232;tre d'eux, s&#251;r qu'il m&#233;riterait une racl&#233;e, mais s'il avait fallu corriger tous ceux qui le m&#233;ritaient depuis ao&#251;t 1914 , on n'aurait pas ch&#244;m&#233;. Le soldat qu'on voit debout de face, m&#233;got aux l&#232;vres, l'air en rogne, est peut-&#234;tre en train de l'engueuler ce sagouin, ce salopard qui ne laisse pas le monde couler un bronze tranquille. &#171; Et mon cul, c'est du poulet ? &#187; N'emp&#234;che, la photo est l&#224;, signe que ces gaillards ont laiss&#233; faire au lieu de lui casser la gueule. Si le photographe &#233;tait un grad&#233;, sans doute la r&#233;bellion &#233;tait-elle risqu&#233;e. Mais leur passivit&#233; ne vaut pas consentement, elle signe leur accablement, leur mis&#232;re morale, l'humanit&#233; bafou&#233;e par une industrialisation de la mort annonciatrice d'autres h&#233;catombes perp&#233;tr&#233;es de sang froid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; moi, je vois dans cette image vol&#233;e, exhib&#233;e, reproduite, imprim&#233;e, &#233;dit&#233;e &#224; 10 000 exemplaires, montr&#233;e aux enfants, une terrible n&#233;gation de l'humanit&#233;, une supr&#234;me profanation. Pourquoi suis-je sensible au scandale de cette image en particulier ? D'autres, en feuilletant l'album, se sont arr&#234;t&#233;s sur des images plus choquantes de corps mutil&#233;s, de gueules cass&#233;es, de fosses communes. Ou sur l'image de cette file de jeunes noirs am&#233;ricains, enti&#232;rement nus, soumis &#224; l'examen d'un officier de recrutement, un gros, gras, grand blanc harnach&#233; en cow-boy. D'autres me disent que l'horreur est au-del&#224; des images, irrepr&#233;sentable, &#224; c&#244;t&#233;, tout autour, dans ce que ces hommes ont vu, endur&#233; depuis trente ou quarante mois, les ordres et contre-ordres absurdes, les assauts suicidaires, les morts innombrables. Je reste stup&#233;fi&#233;e devant celle-ci, presque anodine, presque goguenarde, triviale, banale comme la vie. Parce que le photographe, &#233;tranger &#224; la fraternit&#233; et &#224; la piti&#233;, se place du c&#244;t&#233; des bourreaux et, ce faisant, met chacun de nous, y compris ce gar&#231;onnet dans les bras de son papa, &#224; cette place qui tue. ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Anne BRUNSWIC&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Article diffus&#233; sur le site du &lt;strong&gt;Quai des Images&lt;/strong&gt; en 1999.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>13. Perte (Vaters Land) de Nurith Aviv</title>
		<link>http://www.annebrunswic.fr/Perte-Vaters-Land-de-Nurith-Aviv,222</link>
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		<dc:creator>Anne Brunswic</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Berlin, pour la r&#233;alisatrice Nurith Aviv est une patrie perdue. Le pays des p&#232;res (Vaters Land), au sens litt&#233;ral puisqu'elle fut la terre natale de ses p&#232;re, grand-p&#232;re, arri&#232;re-grand-p&#232;re&#8230; N&#233;e en Isra&#235;l, elle filme dans l'ancienne capitale de la Prusse et du Reich pour accomplir un travail de deuil. Article paru dans Images documentaires.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.annebrunswic.fr/-57-Articles-" rel="directory"&gt;1. Articles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH89/arton222-23695.jpg&quot; width='150' height='89' style='height:89px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Berlin, pour &lt;a href=&quot;http://nurithaviv.free.fr/Loss/loss.htm&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;la r&#233;alisatrice Nurith Aviv&lt;/a&gt; est une patrie perdue. Le pays des p&#232;res (Vaters Land), au sens litt&#233;ral puisqu'elle fut la terre natale de ses p&#232;re, grand-p&#232;re, arri&#232;re-grand-p&#232;re&#8230; N&#233;e en Isra&#235;l, elle filme dans l'ancienne capitale de la Prusse et du Reich pour accomplir un travail de deuil. Un double deuil m&#234;me comme le sugg&#232;re l'&#233;pigraphe emprunt&#233;e &#224; Sigmund Freud. Deuil de ses parents rest&#233;s, malgr&#233; la pers&#233;cution et l'exil, p&#233;tris de langue et de culture allemande. Deuil aussi de cette patrie meurtri&#232;re o&#249; elle n'a pas grandi. En avant-propos, une autre citation : dans une vid&#233;o de 1964, Hannah Arendt, exil&#233;e depuis 1933, rappelle avec amertume comment l'intelligentsia allemande l&#226;cha les juifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour &#233;voquer ce qu'elle a perdu, Nurith Aviv a choisi la figure du miroir : &#171; Perte &#187; s'attache &#224; dire ce que l'Allemagne a perdu en se privant des juifs, ce que la physique, la philosophie, la psychanalyse, la litt&#233;rature allemandes ont perdu. Quatre amis, intellectuels allemands non-juifs, le disent, chacun &#224; leur mani&#232;re, &#224; partir du champ qui est le leur. Ils ont grandi dans une Allemagne &#224; la fois d&#233;nazifi&#233;e et d&#233;juda&#239;s&#233;e, un pays amn&#233;sique, coup&#233; de son histoire et de ses racines ; un pays o&#249; les p&#232;res s'&#233;taient mur&#233;s dans le silence. Ils racontent aussi les rencontres d&#233;cisives qui leur ont permis d'apprendre quelque chose de la composante juive de leur culture et de r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par cette amputation brutale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces t&#233;moignages et r&#233;flexions sont passionnants pour qui s'int&#233;resse &#224; l'histoire de la culture allemande au XXe si&#232;cle. Ainsi le physicien Gustav Obermaier &#233;voque la compl&#232;te d&#233;cadence de la physique &#224; G&#246;tingen apr&#232;s le d&#233;part des juifs. Cet &#171; &#226;ge d'or &#187; atteint du temps de la R&#233;publique de Weimar, on le doit, selon lui, au dialogue exceptionnel entre la tradition prussienne incarn&#233;e par Max Planck et l'esprit juif personnifi&#233; par Einstein. C'est en travaillant dans des universit&#233;s am&#233;ricaines qu'Obermaier a pu nouer des liens avec des physiciens juifs et comprendre cette forme d'esprit particuli&#232;re, selon lui si f&#233;conde, cet humour qui consiste &#224; se demander si la v&#233;rit&#233; ne serait pas, par hasard, aux antipodes de la direction poursuivie. Nurith Aviv impose un dispositif de mise en sc&#232;ne radical : les t&#233;moins sont tous cadr&#233;s et &#233;clair&#233;s de mani&#232;re identique et l'image des interview&#233;s s'incruste dans un long plan s&#233;quence pris par la fen&#234;tre du S-Bahn de Berlin (m&#233;tro de surface). Les stations, les rames, les voyageurs, les paysages urbains d&#233;filent. On traverse la ville sans jamais y entrer, derri&#232;re la vitre. Crainte de r&#233;veiller les &#171; fant&#244;mes &#233;trangement vivants &#187; dont parle un des t&#233;moins amis ? Celui de Walter Benjamin traverse le film. Et tant d'autres, irr&#233;m&#233;diablement perdus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au bout d'une demi-heure, le m&#233;tro s'arr&#234;te, fin du travelling ; la voix off ajoute alors un sens suppl&#233;mentaire &#224; ce dispositif. &#171; Ma m&#232;re est morte &#224; Tel Aviv il y a quelques ann&#233;es. Elle pronon&#231;a ses derni&#232;res paroles en allemand : Terminus, je veux descendre. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Interrog&#233;e sur l'origine de ce projet, la r&#233;alisatrice nous a donn&#233; d'autres indications pr&#233;cieuses : &#171; Ce film, pr&#233;vu pour une soir&#233;e th&#233;ma d'Arte sur le deuil, devait durer 30 minutes. J'ai tout de suite pens&#233; au nombre 30 qui, dans la tradition juive, renvoie aux trente jours de deuil. Et j'ai choisi un parcours de m&#233;tro qui dure exactement 30 minutes, de Est Kreuz &#224; West Kreuz, (de la Croix de l'Est &#224; celle de l'Ouest). &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &#171; Perte &#187; est un film dense, complexe, o&#249; les deuils se r&#233;pondent, o&#249; les pertes sont, sinon sym&#233;triques, du moins partag&#233;es. Les juifs allemands ont perdu infiniment mais l'Allemagne aussi a perdu une part essentielle d'elle-m&#234;me. Ce message, Nurith Aviv ne l'adresse-t-elle pas mezza-voce &#224; ses compatriotes isra&#233;liens dont beaucoup, aujourd'hui, sous le nom de &#171; transfert &#187;, r&#234;vent d'expulser d&#233;finitivement la composante arabe de leur nation.
Anne Brunswic&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_1581 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:350px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L428xH498/loss_a-02f2b.jpg' width='428' height='498' alt='JPEG - 69.2 ko' style='height:498px;width:428px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>12. La v&#233;ritable histoire du bus 402, d'Andr&#233; Van Inn</title>
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		<dc:creator>Anne Brunswic</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Ce beau documentaire est d'abord un acte de militant, contre la peur, la stigmatisation des jeunes, le d&#233;sespoir et le tout-s&#233;curitaire.
Article paru dans Images documentaires.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/arton221-d72b1.jpg&quot; width='150' height='150' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 402 a mauvaise r&#233;putation : il traverse les cit&#233;s les plus mal fam&#233;es de la banlieue sud de Paris, Evry, Corbeil en passant par les Pyramides de Grigny. Le parti pris de Van In sur ce sujet rebattu est aux antipodes de celui adopt&#233; par la plupart des reportages (comme le r&#233;cent et tr&#232;s discutable opus r&#233;alis&#233; par Marie-Monique Robin pour &#171; Envoy&#233; sp&#233;cial &#187;). Car ce beau documentaire est d'abord un acte de militant, contre la peur, la stigmatisation des jeunes, le d&#233;sespoir et le tout-s&#233;curitaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cin&#233;aste s'installe &#224; l'arr&#234;t Jules Vall&#232;s, au c&#339;ur de ce quartier des Pyramides. Un fleuron de l'architecture des ann&#233;es 70 avec ses larges dalles con&#231;ues pour des enfants libres et des adultes confiants dans l'avenir. Personne ne songeait &#224; l'&#233;poque que la peur s'y installerait. Fiers de leur r&#233;alisation, beaucoup d'architectes choisirent m&#234;me d'y habiter. Mais dix ans plus tard, l'utopie des villes nouvelles ne fait plus recette et les familles ais&#233;es ou semi-ais&#233;es d&#233;sertent le navire. Elles sont remplac&#233;es par des toujours plus pauvres, plus exclues du march&#233; du travail et de la citoyennet&#233;. La ville nouvelle devient un nouveau quartier d'exil et de rel&#233;gation, peupl&#233; d'une jeunesse d&#233;racin&#233;e gorg&#233;e de m&#233;pris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le film part &#224; la rencontre de ceux qui croient encore au dialogue, &#224; la pr&#233;vention, &#224; la responsabilit&#233; : de simples citoyens qui s'efforcent de comprendre et de calmer le jeu. De belles rencontres ! De beaux portraits ! Comme cette dame de 74 ans qui raconte une histoire simple et &#233;difiante. Un ballon choit sur le balcon de son voisin, au premier &#233;tage. Celui-ci, ivrogne notoire &#8211; &#171; &#231;a le regarde &#187;, pr&#233;cise-t-elle, tol&#233;rante &#8211; refuse de le renvoyer. Des gamins jettent des cailloux dans ses carreaux. Pour une vitre bris&#233;e, les CRS accourent arm&#233;s jusqu'aux dents et demeurent sur place jusque tard dans la nuit. La mamie a beau &#234;tre &#171; une ex-femme de flic &#187; comme elle se pr&#233;sente elle-m&#234;me, elle n'aime pas sortir de chez elle quand les CRS sont l&#224;, suant eux aussi la peur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de transports publics, la TICE, ne compte pas (ou plus) sur la r&#233;pression pour r&#233;tablir l'ordre. Elle pr&#233;f&#232;re s'appuyer sur les associations qui travaillent avec les jeunes. Surtout, elle recrute et forme des agents de m&#233;diation issus du quartier, des &#171; grands fr&#232;res &#187; un poil plus &#226;g&#233;s que les fauteurs de troubles les plus redout&#233;s, les 10-15 ans. De longues s&#233;quences du film nous font assister &#224; leur entra&#238;nement &#224; base de jeux de r&#244;les : l'un joue le client poison, l'autre le gentil m&#233;diateur. Objectif : ne pas r&#233;pondre &#224; l'agressivit&#233;, se blinder contre les insultes. Le secret, certains arrivent &#224; le formuler : c'est de reconna&#238;tre dans chaque petit voyou qui s&#232;me le pire pour r&#233;colter la temp&#234;te, un autre soi-m&#234;me qui n'aurait pas encore trouv&#233; les mots pour dire ses sentiments. C'est ce que dit magnifiquement l'un de ces &#171; repentis &#187; : &#171; Quand j'ai eu envie d'arr&#234;ter de faire des conneries ? Le jour o&#249; j'ai vu un couple qui se tenait par la main et s'embrassait. J'ai eu envie de vivre &#231;a, moi aussi. Au lieu de la bande o&#249; tu as la honte si tu es amoureux et que tu tiens une fille par la main. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce film d'espoir se d&#233;roule avec une certaine lenteur car il faut du temps pour vaincre la peur et faire repousser le lien social. Il apprivoise la dur&#233;e pendant les longs trajets nocturnes ou diurnes de l'autobus le long de chauss&#233;es d&#233;sertes. Le chauffeur du 402 a la patience du jardinier. Le cin&#233;aste aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceux qui ont admir&#233; le pr&#233;c&#233;dent film d'Andr&#233; Van In, &#171; La commission de la v&#233;rit&#233; &#187; (prix des biblioth&#232;ques du festival du film du r&#233;el 2000), retrouveront dans &#171; La v&#233;ritable histoire du bus 402 &#187; une inspiration comparable. De film en film, le cin&#233;aste s'attache &#224; r&#233;parer des soci&#233;t&#233;s malades de la violence. Sa m&#233;thode : approcher avec sympathie les quidams qui ont le courage de s'atteler au travail le plus ingrat et le plus n&#233;cessaire, celui de faire la paix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Anne Brunswic
Article paru dans Images documentaires&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>11. Les Absentes, de Catherine Bernstein</title>
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		<dc:creator>Anne Brunswic</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;N&#233;e en France en 1964, d'une m&#232;re allemande non-juive et d'un p&#232;re fran&#231;ais juif, la cin&#233;aste a travaill&#233; &#224; partir de la branche allemande de sa propre famille dont l'engagement nazi fut lontemps couvert d'un lourd silence. Sa trilogie prend &#224; bras le corps le tabou familial et, par del&#224;, celui de deux g&#233;n&#233;rations empoisonn&#233;es par la culpabilit&#233; et le non-dit.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH97/arton220-fd74d.jpg&quot; width='150' height='97' style='height:97px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;S&#233;lectionn&#233; parmi sept films documentaires , dans le cadre du programme &#8220; Images contre le racisme &#8221; compos&#233; par La Ligue de l'enseignement et le CNC-Images de la culture, &lt;strong&gt;Les Absentes &lt;/strong&gt; de Catherine Bernstein (1999), va peut-&#234;tre enfin rencontrer son public. Il est le troisi&#232;me volet d'une trilogie consacr&#233;e au regard port&#233; sur le nazisme par les Allemandes de la g&#233;n&#233;ration de sa grand-m&#232;re (Oma en 1996) et de sa m&#232;re (Les raisins verts en 1998). N&#233;e en France en 1964, d'une m&#232;re allemande non-juive et d'un p&#232;re fran&#231;ais juif, la cin&#233;aste a travaill&#233; &#224; partir de la branche allemande de sa propre famille dont l'engagement nazi fut lontemps couvert d'un lourd silence. Sa trilogie prend &#224; bras le corps le tabou familial et, par del&#224;, celui de deux g&#233;n&#233;rations empoisonn&#233;es par la culpabilit&#233; et le non-dit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Allemagne, la coutume veut qu'on se retrouve chaque ann&#233;e entre anciens camarades d'Abitur (bac) ; la photo de la promotion de terminale est ainsi charg&#233;e d'une valeur tr&#232;s particuli&#232;re. C'est de ces photos, v&#233;ritables microcosmes de la soci&#233;t&#233; allemande que Catherine Bernstein est partie pour construire chacun de ses films. Reprenant la photo de la classe de sa grand-m&#232;re, elle commence Les Absentes pr&#233;cis&#233;ment o&#249; Oma s'arr&#234;tait, en s'int&#233;ressant aux sept anciennes &#233;l&#232;ves juives qui ne sont plus revenues participer aux retrouvailles annuelles. Seule certitude : n&#233;es entre 1913 et 1914, elles ont fr&#233;quent&#233; le lyc&#233;e de jeunes filles de Kassel (Hesse) jusqu'en 1933. Ensuite, leurs pistes se perdent. &#8220; Elles se sont envol&#233;es &#8221; d&#233;clare sans malice l'une des anciennes condisciples. A en croire une autre, la meilleure camaraderie r&#233;gnait dans la classe, &#8220; il n'y avait pas de diff&#233;rence, pas de haine &#8221;. Le film ne s'attarde pas en compagnie de ces vieilles dames frapp&#233;es d'amn&#233;sie s&#233;lective : c'&#233;tait le sujet de Oma. Quant aux rapports entre la grand-m&#232;re et sa petite-fille, ils restent dans un hors-champ qu'on devine br&#251;lant. Place &#224; l'enqu&#234;te et au travail de restauration de la m&#233;moire b&#233;ante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette investigation men&#233;e tambour battant par la jeune cin&#233;aste donne d'embl&#233;e &#224; ce troisi&#232;me film un style plus enlev&#233;. Les interviews s'inscrivent dans un cadre fertile en suspense, p&#233;r&#233;grinations et retrouvailles inesp&#233;r&#233;es et le film parvient ainsi &#224; mettre directement en sc&#232;ne le travail de r&#233;paration.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Chronique de la pers&#233;cution ordinaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avant toute chose, la cin&#233;aste-enqu&#234;trice rend visite au directeur du nouveau mus&#233;e municipal, sp&#233;cialiste de l'histoire de la ville pendant les ann&#233;es du IIIe Reich. Il appartient &#224; la g&#233;n&#233;ration &#8220; d'apr&#232;s &#8221;, celle qui a institu&#233; le &#8220; devoir de m&#233;moire &#8221;. Kassel comptait 3000 juifs en 1933. 2000 ont fui avant l'automne 1939, ceux qui restaient ont &#233;t&#233; d&#233;port&#233;s avec les autres juifs de Hesse. Trois convois sont partis de la gare de Kassel. Une des &#8220; absentes &#8221;, Cilly Oppenheimer fit partie avec sa m&#232;re d&#233;j&#224; &#226;g&#233;e d'un convoi de 1942 qui acheva sa route &#224; Sobibor, o&#249; tous furent imm&#233;diatement gaz&#233;s. L'enqu&#234;trice ne se contente pas de ces statistiques, elle demande l'itin&#233;raire que ces convois emprunt&#232;rent dans les rues de Kassel, si c'&#233;tait de jour, s'il y avait des t&#233;moins sur leur passage et quelles furent leurs r&#233;actions. Elle veut aussi savoir dans quelles conditions ces juifs v&#233;curent en ville jusqu'en 1943, les mesures l&#233;gales de discrimination qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent et pr&#233;par&#232;rent l'assassinat. En somme ce que chaque habitant de Kassel, pourvu qu'il e&#251;t des yeux et des oreilles, ne pouvait pas manquer de savoir. Y compris sa grand-m&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On conna&#238;t les grandes &#233;tapes de ces pers&#233;cutions qui d&#233;butent officiellement au printemps 1933 avec le boycott des magasins et l'interdiction d'un nombre important de professions et s'aggravent dramatiquement apr&#232;s la nuit de Cristal et l'incendie de toutes les synagogues. Fich&#233;s, les juifs sont oblig&#233;s de se d&#233;clarer &#224; la police, de faire confectionner des cartes d'identit&#233; sp&#233;ciales barr&#233;es d'un grand J, ils sont par la suite contraints d'ajouter un second pr&#233;nom qui facilitera leur identification en toute circonstance, Isra&#235;l pour les hommes, Sarah pour les femmes et accessoirement de payer pour se faire refaire de nouveaux documents officiels. Beaucoup sont d&#233;chus de leur nationalit&#233; et deviennent apatrides. Priv&#233;s des moyens de gagner leur vie, ils sont aussi progressivement entrav&#233;s dans tous leurs moyens de communication : interdiction de conduire une automobile ou un v&#233;lo, interdiction d'emprunter les transports en commun, interdiction d'avoir le t&#233;l&#233;phone chez soi et d'utiliser une cabine publique. La spoliation est une autre constante : recensement par les services fiscaux de tous leurs biens, interdiction de poss&#233;der tout objet en or &#224; l'exception d'une alliance, expulsion de leur logement. Ceux qui &#233;migrent avant 1935 parviennent &#224; vendre leurs biens &#224; vil prix et &#224; transf&#233;rer quelques capitaux sur lesquels les nazis pr&#233;l&#232;vent de lourdes taxes. A partir de 1939, les voies de l'&#233;migration l&#233;gales disparaissent et le vol pur et simple devient la r&#232;gle. Ultime &#233;tape : les autorit&#233;s demandent aux juifs d&#233;sormais totalement ghetto&#239;s&#233;s de se pr&#233;senter &#224; la gare avec tout le mat&#233;riel n&#233;cessaire &#224; la construction d'une nouvelle ville juive quelque part en Pologne, mensonge destin&#233; &#224; d&#233;sarmer une &#233;ventuelle r&#233;volte. Outillage en tout genre, machines &#224; coudre, batteries de cuisine&#8230; sont charg&#233;s dans deux wagons en queue de convoi qui seront d&#233;croch&#233;s avant le d&#233;part ; leur contenu sera vendu aux ench&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;De l'histoire &#224; la m&#233;moire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce que ce directeur de mus&#233;e nous raconte, des livres d'histoire peuvent nous l'apprendre, mais la r&#233;alisation de Catherine Bernstein le change en une exp&#233;rience sensible. Entre les diff&#233;rentes rencontres qui jalonnent ce chemin de m&#233;moire s'ins&#232;rent quelques images d'archives sur la vie quotidienne &#224; l'&#233;poque nazie et des s&#233;quences plus oniriques. Exemplaire ainsi, cette s&#233;quence de 30 secondes d'animation sur les spoliations : une maquette d'un quartier de Kassel &#233;clair&#233;e par la lune dans le style du cin&#233;ma expressionniste des ann&#233;es vingt (Nosferatu, le Golem). Des doigts soul&#232;vent une &#224; une les maisons de carton-p&#226;te et les emportent. Ces doigts si puissants qu'ils peuvent soulever ta maison comme f&#233;tu de paille, sont-ils ceux du pouvoir nazi ou de la multitude du peuple allemand acharn&#233;e &#224; te d&#233;pouiller ? La fiction fantastique s'inscrit au c&#339;ur du documentaire en &#233;vitant les pi&#232;ges de la reconstitution historique. Le film travaille ainsi &#224; remettre en branle la m&#233;moire engourdie, les formules fig&#233;es, les explications trop commodes. Il murmure &#224; l'oreille de la grand-m&#232;re et de tant d'autres amn&#233;siques : et &#231;a, tu ne l'as pas vu ? et &#231;a, &#231;a ne te rappelle rien ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La cin&#233;aste d&#233;tective&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des sept &#8220; absentes &#8221;, l'histoire de Cilly Oppenheimer, du moins dans ses grandes lignes, nous est la plus connue. Et les six autres &#8220; absentes &#8221; qui ont apparemment r&#233;ussir &#224; fuir, vivent-elles encore ? dans quel pays ? Les archives de la police de Kassel donnent le point de d&#233;part le plus solide. L'enqu&#234;trice y rencontre un autre &#233;rudit qui explique en d&#233;tail comment les fichiers ont &#233;t&#233; constitu&#233;s et quelle valeur on peut accorder aux informations qu'ils contiennent. Passionnante le&#231;on de m&#233;thode pour l'historien. C'est gr&#226;ce &#224; ces fiches, m&#234;mes lacunaires et imparfaites, que Catherine Bernstein se met en route. Parfois les indices sont minces : les &#8220; absentes &#8221; n'ont peut-&#234;tre pas d&#233;clar&#233; &#224; la police leur v&#233;ritable destination, elles ont probablement chang&#233; de nom en se mariant, elles sont peut-&#234;tre d&#233;c&#233;d&#233;es. La chance n&#233;anmoins lui sourit. En Isra&#235;l ou en Afrique du Sud, les juifs d'origine germanique (les &#8220; Yekke &#8221; comme on dit famili&#232;rement) continuent de se fr&#233;quenter ou correspondre entre eux. On trouve toujours quelqu'un qui conna&#238;t quelqu'une. On rencontre m&#234;me de v&#233;ritables aubaines comme cette association isra&#233;lienne des anciens de Kassel ! Catherine Bernstein parvient ainsi &#224; remonter toutes les traces et &#224; retrouver en vie cinq survivantes &#226;g&#233;es de 85 ans au moment du tournage, la sixi&#232;me &#233;tant d&#233;c&#233;d&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les &#8220; absentes &#8221; retrouv&#233;es&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les deux soeurs Jankowiak vivent en Afrique du Sud, Sophie Hornthal s'est install&#233;e en Californie apr&#232;s avoir v&#233;cu 27 ans en Rhod&#233;sie (Zimbabwe), Elsbeth Kaufman vit &#224; Londres, Rossel Walach &#224; Tel Aviv. Ilse Levy qui se faisait appeler Monica Lincoln (pour en finir avec son pass&#233; juif) s'est mari&#233;e au Canada o&#249; elle est d&#233;c&#233;d&#233;e. Adoptant la forme du &#8220; road movie &#8221;, le film se d&#233;place beaucoup d'a&#233;roports en autoroutes, arpente les rues du Cap, de Johannesbourg et de Harare (ex -Salisbury).
Dans ces s&#233;quences, la cin&#233;aste appara&#238;t de plus en plus &#224; l'image, en se rapprochant progressivement des femmes qu'elle rencontre jusqu'&#224; tomber dans les bras de la derni&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Pas de nostalgie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Touch&#233;es par la d&#233;marche obstin&#233;e de cette cin&#233;aste &#224; demi-juive, les &#8220; absentes &#8221; font bon accueil &#224; Catherine Bernstein et racontent volontiers les p&#233;rip&#233;ties de leur d&#233;part d'Allemagne, l&#233;gal ou ill&#233;gal, les hasards qui ont fait d'elles des citoyennes anglaises, am&#233;ricaines, sud-africaines. Seule Rossel Walach, sioniste d&#232;s sa jeunesse, a v&#233;ritablement choisi de devenir Isra&#233;lienne. Les autres se veulent loyales mais sans illusion : &#8220; Ce qui est arriv&#233; en Allemagne, pourquoi &#231;a n'arriverait pas en Angleterre ? &#8221; s'interroge Elsbeth, la sceptique. Vis &#224; vis de l'Allemagne leurs sentiments sont unanimes : pas la moindre nostalgie. Celles qui y sont retourn&#233;es r&#233;cemment pour de br&#232;ves visites y trouvent encore l'air irrespirable. Un contre-exemple cependant, c'est l'histoire de l'ex-mari de Rossel. Malgr&#233; ses succ&#232;s dans la culture des fraises en Isra&#235;l, il est revenu s'&#233;tablir &#224; Munich &#224; la fin des ann&#233;es cinquante. Ses montagnes natales lui manquaient trop. Il d&#233;pensa toutes les &#233;conomies du m&#233;nage dans l'achat d'un petit fonds de commerce, Rossel demeura dans sa nouvelle patrie : &#8220; Nous avions contribu&#233; &#224; la construire &#8221; explique-t-elle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Allemandes, malgr&#233; tout&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le film montre, par de petites notations, &#224; quel point toutes, m&#234;me celles qui ont perdu l'usage de leur langue maternelle apr&#232;s 60 ans loin de la terre natale sont rest&#233;es allemandes. Tout rappelle l'Allemagne &#224; l'int&#233;rieur de la maison familiale des Hornthal dans les faubourgs hupp&#233;s de Harare. Chez Elsbeth, &#224; Londres, on joue au bridge les apr&#232;s-midi entre anciens de Kassel tout comme chez la grand-m&#232;re de la cin&#233;aste. Rossel, &#224; Tel Aviv, r&#233;cite encore en allemand sans la moindre h&#233;sitation le po&#232;me de Schubert, &#8220; Le Double &#8221;. Quelque d&#233;sir qu'elles aient eu d'oublier le pass&#233;, toutes ont emport&#233; beaucoup d'Allemagne &#224; la semelle de leurs souliers.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Autres discriminations&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Afrique du Sud, Rhod&#233;sie, Isra&#235;l, Etats-Unis : comment les anciennes pers&#233;cut&#233;es ont-elles r&#233;agi devant les discriminations violentes qu'imposaient leurs secondes patries ? La question ne leur a pas &#233;t&#233; pos&#233;e mais certaines images la sugg&#232;rent. Les rues des quartiers blancs de Johannesbourg alignent interminablement des barbel&#233;s et des portails &#233;lectrifi&#233;s derri&#232;re lesquels se tiennent des villas luxueuses entretenues par des domestiques noirs. Au Zimbabwe, o&#249; les commer&#231;ants indiens ont succ&#233;d&#233; aux juifs sur l'art&#232;re centrale de Harrare, les in&#233;galit&#233;s sociales sautent aux yeux.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Au bout du voyage, la libert&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le film se cl&#244;t sur une rencontre inattendue, &#224; Londres, avec une ancienne du lyc&#233;e de Kassel, qui est spontan&#233;ment entr&#233;e en correspondance avec Catherine Bernstein. Non-juive, Norgard Koch s'est elle aussi exil&#233;e d&#232;s 1934. &#8220; Jusqu'en 1933, je n'&#233;tais pas int&#233;ress&#233;e par la politique. Ensuite, j'ai tout de suite compris. J'avais des amis juifs, je n'ai pas accept&#233; ce qu'on leur faisait subir. Non, non, je n'ai rien fait d'h&#233;ro&#239;que, c'&#233;tait tout naturel. &#8221; Ainsi donc, il n'y avait pas de fatalit&#233; &#224; l'aveuglement. M&#234;me dans l'Allemagne nazie, m&#234;me dans ce lyc&#233;e pour les jeunes filles de bonne famille de Kassel, il se trouvait des citoyennes libres. Les deux femmes s'embrassent, le spectateur respire ! Au terme de ce long travail contre le tabou, vient la r&#233;compense inesp&#233;r&#233;e : la libert&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Anne Brunswic
Article paru dans &lt;strong&gt;Diasporiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_1580 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:300px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L300xH300/348534304c403cbc6160959f42344de7-300x300-5c9ed.jpg' width='300' height='300' alt='JPEG - 15.6 ko' style='height:300px;width:300px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Absentes&lt;/strong&gt;, 1999, 87 min, couleur, documentaire. R&#233;alisation : Catherine Bernstein. Production : IO production, Images Plus. Participation : CNC, Procirep, minist&#232;re de la culture (DAI).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1. Entretien avec Ariane Doublet</title>
		<link>http://www.annebrunswic.fr/Entretien-avec-Ariane-Doublet,219</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Brunswic</dc:creator>


		<dc:subject>Article en Home Page</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Vertes plaines &#224; l'horizon sans fin versus usines g&#233;antes &#233;clair&#233;es aux n&#233;ons,&lt;strong&gt; La Pluie et le beau temps&lt;/strong&gt; s'attache &#224; la culture du lin en Normandie et son exportation puis sa transformation en Chine. Une mani&#232;re pour sa r&#233;alisatrice Ariane Doublet de documenter une fois de plus sa r&#233;gion natale, cette fois sous l'angle de la globalisation. Article paru dans Images de la culture/CNC n&#176;27&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.annebrunswic.fr/-59-Entretiens-avec-des-cineastes-" rel="directory"&gt;2. Entretiens avec des cin&#233;astes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.annebrunswic.fr/+-2-Article-en-Home-Page-+" rel="tag"&gt;Article en Home Page&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L121xH150/arton219-77d19.jpg&quot; width='121' height='150' style='height:150px;width:121px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;De Normandie en Chine en suivant la route du lin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vertes plaines &#224; l'horizon sans fin versus usines g&#233;antes &#233;clair&#233;es aux n&#233;ons,&lt;strong&gt; La Pluie et le beau temps&lt;/strong&gt; s'attache &#224; la culture du lin en Normandie et son exportation puis sa transformation en Chine. Une mani&#232;re pour sa r&#233;alisatrice Ariane Doublet de documenter une fois de plus sa r&#233;gion natale, cette fois sous l'angle de la globalisation.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment se situe &lt;i&gt;La Pluie et le beau temps&lt;/i&gt; par rapport &#224; vos films pr&#233;c&#233;dents tourn&#233;s dans la m&#234;me r&#233;gion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ariane Doublet :&lt;/strong&gt; Il y a &#233;videmment des croisements entre mes films normands. Certains personnages reviennent dans plusieurs films, comme Philippe Olivier, personnage des &lt;i&gt;Terriens &lt;/i&gt; qui devient le personnage principal de &lt;i&gt;La Maison neuve&lt;/i&gt;. La personne qui vient lui acheter son tracteur quand il prend sa retraite est un des Sucriers de Colleville. La Pluie et le beau temps a pris sa place dans un coffret DVD intitul&#233; &lt;a href=&quot;http://www.editionsmontparnasse.fr/p1472/Ariane-Doublet-Suite-normande-Coffret-DVD&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Suite normande&lt;/a&gt; (Ed. Montparnasse, 2012) qui comprend &lt;i&gt;Les Terriens&lt;/i&gt; (1999),&lt;i&gt; Les B&#234;tes&lt;/i&gt; (2001), &lt;i&gt;Les Sucriers de Colleville&lt;/i&gt; (2003), &lt;i&gt;La Maison neuve&lt;/i&gt; (2005) et plusieurs petits films. Entre autres Rencontres, un in&#233;dit de 26' que j'ai r&#233;alis&#233; parall&#232;lement &#224; La Pluie et le beau temps, sur une jeune fille chinoise qui n'&#233;tait jamais all&#233;e &#224; la campagne, ni en Chine ni en France, et qui rencontre des agriculteurs normands.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Outre leur ancrage g&#233;ographique, ces films ne sont-ils pas li&#233;s par un certain rapport au temps et &#224; l'espace ?
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_1572 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:150px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.annebrunswic.fr/IMG/jpg/la-pluie-et-le-beau-temps_0.jpg&quot; title='JPEG - 425.7 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH85/la-pluie-et-le-beau-temps_0-816df-59c78.jpg' width='150' height='85' alt='JPEG - 425.7 ko' style='height:85px;width:150px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais il est aujourd'hui fragile et tr&#232;s menac&#233;. Depuis mon enfance, j'ai vu beaucoup de changements dans ce petit p&#233;rim&#232;tre de 50 km2 autour de F&#233;camp que j'ai choisi d'observer. Il m'est si familier que je les remarque tout de suite. Quand j'ai vu des containers chinois, je me suis tout de suite pos&#233; des questions. Les agriculteurs ne m'avaient pas dit qu'ils vendaient leur lin en Chine depuis plusieurs ann&#233;es. Ce qui est devenu tr&#232;s fragile, c'est le rapport &#224; la temporalit&#233;. Dans le monde agricole, on imagine que le temps est incompressible, mais aujourd'hui il s'acc&#233;l&#232;re tandis que l'espace se restreint. Les terres agricoles c&#232;dent la place &#224; des lotissements aux entr&#233;es et aux sorties des villes, &#224; des ronds-points. En ce moment, je travaille l&#224;-dessus : comment peut-on vouloir une agriculture plus raisonn&#233;e si dans le m&#234;me temps on r&#233;duit les superficies cultiv&#233;es ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; vient votre proximit&#233; avec le monde agricole ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela remonte &#224; l'enfance. Petite, j'allais tout le temps dans la ferme d'&#224; c&#244;t&#233;, je conduisais le tracteur, je m'occupais des cochons. D&#232;s que je pouvais, j'allais chez nos voisins ramasser la paille ou aider &#224; tuer les poulets. A l'adolescence, ce go&#251;t m'est pass&#233; compl&#232;tement. Mais, &#224; l'occasion d'un concours organis&#233; pour le centenaire du cin&#233;ma, j'ai pr&#233;sent&#233; un sc&#233;nario qui se passait dans cette ferme. Ensuite, l'&#233;clipse de 1999 m'a fourni un fil quasi fictionnel qui m'a permis de concevoir Les Terriens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous d'embl&#233;e pens&#233; la coh&#233;rence de votre travail de cin&#233;aste autour du monde rural ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, avec mon premier film sur les terre-neuvas, je suis all&#233;e vers la mer. Mais la p&#234;che &#224; Terre-Neuve &#233;tait aussi une sp&#233;cialit&#233; de F&#233;camp. Dans ce petit coin r&#233;sonnent finalement les tumultes du monde. Je pense souvent &#224; Fernando Pessoa qui dit &#8220;dans mon village, il y a le monde entier&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_1574 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:150px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.annebrunswic.fr/IMG/jpg/la-pluie-et-le-beau-temps_4.jpg&quot; title='JPEG - 462.6 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH85/la-pluie-et-le-beau-temps_4-c8cf3-2ad55.jpg' width='150' height='85' alt='JPEG - 462.6 ko' style='height:85px;width:150px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est d'autant plus &#233;vident dans&lt;i&gt; La Pluie et le beau temps&lt;/i&gt;.
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Les Terriens&lt;/i&gt;, on saisissait le rapport entre la ville et la campagne, entre les citadins qui viennent voir l'&#233;clipse et les ruraux chez qui ils font irruption. A l'&#233;poque, la globalisation n'&#233;tait pas aussi avanc&#233;e. Aujourd'hui, la Chine se m&#234;le &#224; la vie du village. Ce qui m'a int&#233;ress&#233;e, c'est de voir comment les Chinois et les Normands travaillent ensemble. Les coop&#233;ratives de lin normandes vendent directement aux filatures chinoises sans interm&#233;diaire. Comme le lin n'est qu'une petite niche qui ne repr&#233;sente qu'1 % du textile mondial, les producteurs et les filateurs sont oblig&#233;s de travailler ensemble. J'ai eu envie de faire l'aller-retour entre ces deux mondes. Mais comme je ne parle pas chinois, je ne me sentais pas capable d'entrer en relation avec les gens, notamment avec les ouvriers, comme je cherche &#224; le faire dans tous mes films. Et il n'&#233;tait pas question de se contenter de la parole du directeur de l'usine. De l&#224; est venue l'id&#233;e de travailler avec Wen Hai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous sentez-vous une proximit&#233; avec la mani&#232;re de filmer de Wen Hai ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aime le rapport fort qu'il noue avec les gens qu'il filme et surtout sa fa&#231;on de les inscrire dans un espace et dans une situation. La communication entre nous a &#233;t&#233; assez difficile parce qu'il ne parle ni fran&#231;ais, ni anglais. Mais nous nous sommes vus lorsqu'il est venu au festival Cin&#233;ma du R&#233;el &#224; Paris. Nous avons fait chacun nos rep&#233;rages, nous nous sommes montr&#233; des images. Wen Hai a eu vraiment carte blanche pour le tournage et il m'a donn&#233; carte blanche pour le montage. J'ai re&#231;u quinze heures de rushes, &#233;videmment sans traduction. Au montage, la mati&#232;re fran&#231;aise et la mati&#232;re chinoise se sont confront&#233;es. Maintenant, j'aimerais que le film puisse &#234;tre montr&#233; en Chine mais nous n'avons pas encore le budget pour produire une version chinoise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'est-ce pas singulier que la France soit dans le commerce du lin exportatrice de mati&#232;res premi&#232;res ?
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, mais ce n'est pas un cas unique. La France exporte aussi vers la Chine du bois de la for&#234;t bretonne. Ce qui est fou, c'est la masse de produits transport&#233;s d'un bout &#224; l'autre de la plan&#232;te. Le lin travaill&#233; en Chine revient en France sous forme de chemises ou de rouleaux de tissu. Il va aussi au Mexique et en Turquie dans les usines de confection, mais le film ne pouvait pas montrer toute cette circulation. Je voulais rester sur les agriculteurs fran&#231;ais et les ouvriers chinois, mais on sent constamment cet arri&#232;re-plan mondial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre film montre avec un certain humour tous les moyens mis en &#339;uvre pour communiquer malgr&#233; les obstacles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est d'abord autour du lin qu'ils communiquent, de cette mati&#232;re qu'ils touchent, qu'ils &#233;valuent. Les Normands au d&#233;but ont pens&#233; que les Chinois s'y connaissaient mieux en coton qu'en lin. Ils pensaient pouvoir leur vendre facilement n'importe quoi. Mais tr&#232;s vite les Chinois ont appris &#224; reconna&#238;tre la qualit&#233;. Au toucher, on mesure la solidit&#233;, la finesse du lin. Mais la qualit&#233; se voit aussi &#224; l'&#339;il. Dans le film, on voit sans cesse Fran&#231;ais et Chinois occup&#233;s &#224; toucher le lin qui passe de main en main.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_1575 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:150px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.annebrunswic.fr/IMG/jpg/la-pluie-et-le-beau-temps_3.jpg&quot; title='JPEG - 475.1 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH85/la-pluie-et-le-beau-temps_3-4ae3c-0edad.jpg' width='150' height='85' alt='JPEG - 475.1 ko' style='height:85px;width:150px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les &#233;changes, il est aussi beaucoup question d'argent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but, je me suis dit que les producteurs normands allaient se faire d&#233;vorer par les Chinois, qu'ils n'&#233;taient pas du tout de taille pour imposer leurs prix. En fait, ils se d&#233;brouillent assez bien parce que la plupart se sont regroup&#233;s en coop&#233;ratives de [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='teillage' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Celle o&#249; j'ai tourn&#233; regroupe six cents agriculteurs. Ces agriculteurs pratiquent tous une forme de polyculture ; les exploitations ne reposent pas enti&#232;rement sur le commerce du lin. Il y a de tr&#232;s bonnes ann&#233;es et de moins bonnes. Quand j'ai tourn&#233;, le cours &#233;tait &#224; 1,50&#8364; le kilo ; en ce moment, il est &#224; 2,50&#8364; car la r&#233;colte 2011 a &#233;t&#233; faible. Comme les Chinois ach&#232;tent 90 % de la production (et les Italiens les 10 restants), ils seraient en position d'imposer leurs prix. Dans les n&#233;gociations que j'ai film&#233;es, les Normands s'en sortent assez bien, mais ils sont conscients qu'il faut d&#233;velopper d'autres d&#233;bouch&#233;s pour le lin. Les recherches portent aujourd'hui sur des mat&#233;riaux composites pour fabriquer des coques de bateau, des carrosseries de voiture ou des isolants. L'autre crainte des Normands est que les Chinois ach&#232;tent les usines de teillage. Les ouvriers qui y travaillent sont nettement plus &#226;g&#233;s que les ouvri&#232;res chinoises qui r&#233;alisent l'&#233;tape suivante, le peignage. Le lin doit &#234;tre teill&#233; sur le lieu de la production car le lin non teill&#233; est tr&#232;s inflammable et prendrait beaucoup plus de place dans les containers. En achetant une usine de teillage, les Chinois auraient le contr&#244;le de la fili&#232;re encore plus en amont. L'&#233;tape ultime serait pour les Chinois de cultiver eux-m&#234;mes le lin en Normandie. Cela fait tr&#232;s longtemps qu'il est cultiv&#233; en Chine, mais le climat et la terre ne permettent pas de produire de la qualit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le contraste est tr&#232;s fort entre les images tourn&#233;s par Wen Hai en Chine et les v&#244;tres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai tourn&#233; en ext&#233;rieur, en plaine. Les parcelles de lin, c'est tr&#232;s beau. Je filme des agriculteurs qui sont seuls au milieu de trois hectares dans un paysage qui s'&#233;tend &#224; perte de vue. Wen Hai, lui, filme dans la promiscuit&#233; des usines, dans des dortoirs pour huit personnes, souvent sombres. De plus, il se met davantage dans une situation d'entretien. Mais j'ai trouv&#233; une certaine harmonie dans ces allers-retours entre la Chine et la France gr&#226;ce &#224; la proximit&#233; qu'il a avec les gens qu'il filme. Dans les s&#233;quences que j'ai tourn&#233;es, la parole s'installe g&#233;n&#233;ralement en situation de travail, sauf une fois lorsque j'installe une interview avec un agriculteur et une agricultrice. C'est la seule fois o&#249; je pose une question directe, d'ailleurs assez abrupte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aviez-vous pr&#233;vu d&#232;s le d&#233;part cette diff&#233;rence dans le traitement de la parole ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle tient aux conditions de travail en Chine. Les usines sont tellement bruyantes. On voit bien que les ouvriers portent des masques, qu'ils ne peuvent pas se parler pendant le travail. Les dortoirs sont des lieux plus calmes et Wen Hai a aussi jug&#233; que la parole y serait plus libre. En fait, cela faisait longtemps qu'il voulait tourner dans une usine, mais il a re&#231;u l'autorisation de tournage gr&#226;ce &#224; la coop&#233;rative fran&#231;aise qui en a fait la demande. Nous avons pr&#233;sent&#233; le projet comme un film fran&#231;ais, un film d'entreprise en quelque sorte, dans lequel Wen Hai intervenait en qualit&#233; d'op&#233;rateur (et non de cin&#233;aste). Gr&#226;ce &#224; quoi, il a pu circuler assez librement dans l'usine. Ainsi, il a pu suivre quelques ouvriers et recueillir une parole pas trop censur&#233;e. M&#234;me s'il demeure tout de m&#234;me une part d'autocensure.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_1576 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;width:150px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.annebrunswic.fr/IMG/jpg/la-pluie-et-le-beau-temps_2.jpg&quot; title='JPEG - 445.8 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH85/la-pluie-et-le-beau-temps_2-559da-ee969.jpg' width='150' height='85' alt='JPEG - 445.8 ko' style='height:85px;width:150px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que le film rend tr&#232;s visible, c'est le r&#233;tr&#233;cissement des distances et l'acc&#233;l&#233;ration du temps.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un aspect que nous avons particuli&#232;rement travaill&#233; au montage. Nous voulions faire sentir la simultan&#233;it&#233; entre ce qui se passe en Normandie et ce qui se passe en Chine. Le temps en Normandie est soumis &#224; la chronologie de la culture, de la pousse du lin jusqu'&#224; sa r&#233;colte et sa transformation. En Chine, le temps de l'usine est beaucoup plus monotone. Toutes les journ&#233;es de travail se ressemblent. On sent la r&#233;p&#233;tition des gestes pendant les douze heures de travail quotidiennes. Ce qui scande l'ann&#233;e, ce sont seulement les f&#234;tes, le nouvel an et le 1er mai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant la r&#233;alisation du film, n'avez-vous pas, vous-m&#234;me, fait l'&#233;preuve de la simultan&#233;it&#233; et du r&#233;tr&#233;cissement des distances ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, nous avons fait comme les gens film&#233;s, nous avons &#233;chang&#233; des mails et communiqu&#233; par Skype. A une &#233;tape du projet, je pensais m&#234;me que nos &#233;changes avec Wen Hai entreraient aussi dans le film. A l'origine, j'avais imagin&#233; que nous allions nous envoyer des s&#233;quences, constituer une sorte de cadavre exquis, &#233;changer sous forme de lettres film&#233;es. Mais ce projet &#233;tait irr&#233;alisable. On a eu d&#233;j&#224; assez de mal &#224; envoyer dix heures de rushes, sans parler des difficult&#233;s de communication et de langage. Nous avons d&#251; renoncer &#224; l'id&#233;e de ce film qui aurait &#233;t&#233; v&#233;ritablement &#224; deux voix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur vos films, vous tournez toujours vous-m&#234;me les images ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis un certain temps oui. J'ai re&#231;u une formation initiale au cadre. Sur certains films, j'aimerais bien avoir quelqu'un d'autre &#224; l'image mais malheureusement, c'est souvent une question de budget. En revanche, bien que je sois monteuse de formation, je ne monte pas mes films moi-m&#234;me. La collaboration avec un monteur ou une monteuse est pour moi essentielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La possibilit&#233; de collaborer d&#233;pend-elle du sujet du film ? Certains sujets ne sont-ils pas plus personnels que d'autres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, mes films n'ont pas vraiment de sujet et, quand ils en ont un, je le tire toujours dans un sens tr&#232;s personnel. Au d&#233;part d'un projet, je commence &#224; me documenter sur l'ensemble d'une probl&#233;matique mais au fur et &#224; mesure, je me concentre sur un point de plus en plus circonscrit. Dans le projet actuel sur la terre agricole, j'ai commenc&#233; par m'int&#233;resser &#224; un organisme qui aide les jeunes ayant des projets mais pas de terre o&#249; s'installer. Il les met en relation avec de vieux agriculteurs qui ne veulent pas que toute leur terre disparaisse en terrain constructible. De cette mani&#232;re, les jeunes arrivent &#224; r&#233;cup&#233;rer des terres bon march&#233; et le vieil agriculteur peut m&#234;me &#233;ventuellement rester dans sa ferme. Il y a l&#224; un vrai contrat de g&#233;n&#233;ration ! Si je trouve les personnages de cette histoire, je ferai peut-&#234;tre tout le film sur eux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Propos recueillis en avril 2012 pour &lt;a href=&quot;http://prep-cncfr.seevia.com/idc/data/cnc/Actualites/parutions.asp&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Images de la culture/CNC n&#176;27&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Teillage : &#233;tape de transformation du lin o&#249; l'on enl&#232;ve l'&#233;corce&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] teillage&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>1. May Picqueray, &#233;coutez-la chanter !</title>
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		<description>&lt;p&gt;May Picqueray est de toutes les &#233;poques. Sa biographie indique qu'elle est morte en 1983 &#224; l'&#226;ge de 85 ans. Mais est-elle contemporaine de Louise Michel, de la bande &#224; Bonnot, des &#8220;&#233;piciers&#8221; de Tarnac ou des Indign&#233;s d'aujourd'hui ? Retour sur une image du film de Bernard Baissat, &lt;i&gt;Ecoutez May Picqueray&lt;/i&gt; (1984). Images de la culture/CNC n&#176;27.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.annebrunswic.fr/-57-Articles-" rel="directory"&gt;1. Articles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH113/arton218-233dd.jpg&quot; width='150' height='113' style='height:113px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il faut voir comme elle chante ! Elle frappe de la paume sur la table, rayonnante d'une r&#233;volte intacte, bouillonnante comme au premier jour. Autour de la table, ses jeunes camarades objecteurs et insoumis &#8211; qu'importent les deux ou trois g&#233;n&#233;rations qui les s&#233;parent &#8211; sont au diapason de sa joyeuse vigueur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autrefois, c'&#233;tait une grande chose que de chanter ensemble. Pas un banquet, pas une r&#233;union publique, pas un piquet de gr&#232;ve, pas m&#234;me un cort&#232;ge fun&#232;bre sans quelque chanson lanc&#233;e par les anciens et reprise par les jeunes &#224; pleins poumons. Ainsi se transmettait la flamme de la m&#233;moire ; ainsi les r&#233;voltes du pass&#233; nourrissaient-elles celles du moment. O&#249; peut-on entendre de nos jours ces chants r&#233;volutionnaires qui faisaient en un instant d'une foule d&#233;sordonn&#233;e un peuple soud&#233; pr&#234;t &#224; en d&#233;coudre ? Au reste, plus personne ne conna&#238;t les paroles de quoique ce soit au-del&#224; du refrain et du premier couplet. Le karaok&#233; y suppl&#233;e. Et beaucoup, paralys&#233;s par un sentiment d'incongruit&#233;, se bornent &#224; remuer les l&#232;vres sans &#233;mettre aucun son.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;May Picqueray, elle, chante d'une voix forte et joyeuse comme une flamb&#233;e en hiver. Son chant est nu, sans fioriture et, par contraste avec celui de sa fille, Sonia Malkine, assez pauvre musicalement. Mais lorsque celle-ci, chanteuse folk professionnelle qui s'accompagne &#224; la guitare, fait entendre toute la richesse de la m&#233;lodie, sa m&#232;re fait entendre la profondeur du sens. May Picqueray est une femme de parole(s).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sonia confirme qu'&#224; la maison, sa m&#232;re chantait tout le temps : &#8220;Les premi&#232;res chansons, je les ai apprises sous la table &#224; repasser.&#8221; Des chansons d'amour, des chansons de marin, des chansons bretonnes mais surtout des chansons anarchistes. Le r&#233;pertoire de May puise dans la fin du XIXe si&#232;cle : &#8220;Dansons la Ravachole, Vive le son d'l'explosion !&#8221; (sur l'air de la Carmagnole) ; ou &#8220;Il semble encore loin le temps d'l'anarchie / Mais nous le pressentons&#8221; (sur l'air du Temps des cerises). A cela s'ajoutent des chansons antimilitaristes plus modernes : &#8220;Tant qu'y aura des militaires / Soit ton fils, soit le mien / Il n'y aura sur la terre / Pas grand-chose de bien / On t' tuera pour te faire taire / Par derri&#232;re comme un chien / Et tout &#231;a pour rien&#8230;&#8221; Et des airs anciens, de ce temps o&#249; la guerre &#233;tait le passe-temps favori des princes et la mal&#233;diction des manants : &#8220;J'avions re&#231;u commandement de partir pour la guerre, / Pourtant je n'avions point souci d'abandonner not'm&#232;re&#8230;&#8221;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;May Picqueray est de toutes les &#233;poques. Sa biographie indique qu'elle est morte en 1983 &#224; l'&#226;ge de 85 ans (le tournage du film date de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente). Mais est-elle contemporaine de Louise Michel, de la bande &#224; Bonnot, des &#8220;&#233;piciers&#8221; de Tarnac ou des Indign&#233;s d'aujourd'hui ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle se d&#233;finit avec fiert&#233; comme une militante avec ce que ce mot implique de discipline et m&#234;me de raideur. Correctrice de presse, elle milite dans le puissant syndicat du Livre, bastion parisien de l'anarcho-syndicalisme. En politique, elle d&#233;nonce sans rel&#226;che l'arm&#233;e, &#8220;m&#232;re de tous les vices&#8221;, et les oripeaux patriotiques dont elle se drape. Elle pr&#234;che g&#233;n&#233;reusement par le verbe et par l'exemple, mais quand les circonstances &#224; ses yeux l'exigent, elle passe &#224; l'action directe. Car la non-violence lui para&#238;t une dangereuse l&#226;chet&#233; &#224; laquelle un pacifiste digne de ce nom ne devrait jamais c&#233;der. Il faut l'entendre &#233;voquer avec jubilation le temps o&#249; face aux charges de la police mont&#233;e, elle jetait sous les sabots des chevaux les billes g&#233;n&#233;reusement fournies par les camarades m&#233;tallos. Elle prend des airs de m&#233;nag&#232;re consciencieuse pour raconter comment elle a fabriqu&#233; dans sa cuisine une bombinette destin&#233;e &#224; tuer l'ambassadeur des Etats-Unis &#224; Paris. Il fallait bien &#231;a pour sauver de la chaise &#233;lectrique les camarades Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti&#8230;&#8220;Here's to you, Nicola and Bart&#8230;&#8221; chantait Joan Baez. A Plogoff en 1980, aux c&#244;t&#233;s des femmes de marin et des grands-m&#232;res, elle jouait encore du lance-pierres contre la mar&#233;chauss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_1570 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;width:120px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.annebrunswic.fr/IMG/jpg/idc27001-3.jpg&quot; title='JPEG - 14.7 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L109xH150/idc27001-3-76c39-4593f.jpg' width='109' height='150' alt='JPEG - 14.7 ko' style='height:150px;width:109px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Cette femme &#233;patante semble d&#233;tenir le secret de l'ardeur &#233;ternelle. Les ann&#233;es ont pass&#233; sur sa t&#234;te sans d&#233;poser ni aigreur ni r&#233;signation : &#8220;L'anarchie, j'y crois, j'y crois fermement, et je s&#232;me ma graine ! Je voudrais vivre cent cinquante ans pour la voir pousser.&#8221; Derni&#232;res paroles d'un film qui pourrait s'appeler &lt;strong&gt;Ecoutez chanter May Picqueray&lt;/strong&gt; et donne irr&#233;sistiblement envie de chanter avec elle.
Anne Brunswic, pour &lt;a href=&quot;http://prep-cncfr.seevia.com/idc/data/cnc/Recherche/fiche2.asp?idf=4394&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Images de la culture&lt;/a&gt; n&#176;27&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_1569 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L500xH375/May_Picqueray-fa8f1.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 61.5 ko' style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>1. Cin&#233;ma v&#233;rit&#233; et v&#233;rit&#233; du cin&#233;ma</title>
		<link>http://www.annebrunswic.fr/Cinema-verite-et-verite-du-cinema,217</link>
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		<dc:creator>Anne Brunswic</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le dispositif du cin&#233;ma documentaire est exhib&#233;, assum&#233;, avec l'intervieweur qui pose les questions, le cin&#233;aste qui tend la perche. Ce qui nous para&#238;t naturel aujourd'hui mais &#233;tait d'une grande nouveaut&#233; en 1960... Retour sur une image du film &lt;strong&gt;Les Inconnus de la terre&lt;/strong&gt; de Mario Ruspoli. Publi&#233; dans Images de la culture/CNC n&#176;27, janvier 2013&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.annebrunswic.fr/-57-Articles-" rel="directory"&gt;1. Articles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH105/arton217-445c8.jpg&quot; width='150' height='105' style='height:105px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sur un champ pentu, deux fr&#232;res travaillent &#224; grands coups de r&#226;teau et de fourche &#224; amasser des bottes de foin. R&#233;pondant aux questions du psychiatre catalan Fran&#231;ois Tosquelles, l'un des p&#232;res de la psychoth&#233;rapie institutionnelle (et directeur de l'h&#244;pital de Saint-Alban film&#233; dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://prep-cncfr.seevia.com/idc/data/cnc/Recherche/fiche2.asp?idf=4427&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Regard sur la folie&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 1961, autre film de Mario Ruspoli), ils interrompent un instant la fenaison pour parler de ce qui devrait changer dans la vie des agriculteurs. L'un d&#233;plore la r&#233;sistance des vieux &#224; tout changement du mode d'exploitation, l'autre insiste sur la n&#233;cessit&#233; de coop&#233;rer pour s'&#233;quiper en mat&#233;riel moderne. &#8220;Sans entraide, de la plus spontan&#233;e &#224; la plus organis&#233;e, on s'en sortira pas. Si on veut arriver &#224; quelque chose, il faut que tout le monde prenne conscience de cette &#233;volution aussi.&#8221;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le docteur Fran&#231;ois Tosquelles est &#224; deux m&#232;tres, et &#224; sa droite se tient Mario Ruspoli qui tend le micro. Tous les deux sont assis, film&#233;s de dos ou de trois quarts. La mise en sc&#232;ne, s'il y en a une, souligne l'opposition entre ceux qui sont debout en plein effort physique et ceux qui sont assis, occup&#233;s &#224; capter l'image, le son et surtout le sens.
Les manuels et les intellectuels. Ceux qui ont en charge la terre et ceux qui ont charge d'&#226;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le dispositif du cin&#233;ma documentaire est exhib&#233;, assum&#233;, avec l'intervieweur qui pose les questions, le cin&#233;aste qui tend la perche. Ce qui nous para&#238;t naturel aujourd'hui mais &#233;tait d'une grande nouveaut&#233; en 1960, c'est une cam&#233;ra l&#233;g&#232;re, la fameuse Coutant, qui se manie en plein air et s'adapte au terrain. Le point faible qu'on ne voit pas mais qu'on devine, c'est l'absence de son synchrone qui rend l'exercice de l'interview en plein air tr&#232;s d&#233;licat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chose notable, c'est l'ami psychiatre qui m&#232;ne l'entretien. Il voudrait amener les deux fr&#232;res &#224; parler de la vie, du bonheur.
Fran&#231;ois Tosquelles : &#8220;Vous voyez, franchement, je ne m'int&#233;ressais pas tant &#224; ce point de vue politique de votre travail, sinon au fait que, si vous ne faites pas quelque chose dans un sens ou un autre, c'est votre vie elle-m&#234;me, vous vivez un petit peu sans joie, sans possibilit&#233; de vivre, ce qu'on appelle vivre, parce qu'il y a quelque chose de plus que travailler&#8230;&#8221;
Cette longue intervention fait un flop.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fr&#232;re le plus loquace finit par r&#233;pondre : &#8220;On travaille pour avoir un niveau de vie plus &#233;lev&#233;. Si on se cr&#232;ve toute l'ann&#233;e pour vivre dans un taudis, parce que, &#224; le dire comme c'est, il y a des taudis en Loz&#232;re, il y en a beaucoup encore.&#8221;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand une question n'entra&#238;ne aucune r&#233;ponse, quand elle est mal comprise ou qu'elle donne une r&#233;ponse trop &#233;loign&#233;e de ce qu'on attendait, en g&#233;n&#233;ral, elle est coup&#233;e au montage. Ruspoli fait le contraire. Il garde toute la question malgr&#233; sa longueur et son fran&#231;ais assez fautif (on disait de Tosquelles, r&#233;publicain espagnol r&#233;fugi&#233; en France qu'il parlait le tosquellan, un m&#233;lange de fran&#231;ais, de catalan et de castillan). Et Ruspoli conserve la r&#233;ponse bien qu'elle tombe &#224; c&#244;t&#233; ou justement parce qu'elle tombe &#224; c&#244;t&#233;. Le malentendu est grand entre Tosquelles qui imagine en dehors du travail une qu&#234;te possible du bonheur et ce jeune agriculteur pour qui le bonheur, c'est d'abord d'&#233;chapper &#224; la mis&#232;re et au taudis. Sa r&#233;ponse renvoie Tosquelles &#224; ce qu'il est, un intellectuel affranchi depuis sa naissance des contingences mat&#233;rielles. Le film a l'honn&#234;tet&#233; totale de le dire. Le cin&#233;ma v&#233;rit&#233; ici, c'est la v&#233;rit&#233; de la relation entre le filmeur et le film&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Anne Brunswic, pour &lt;a href=&quot;http://prep-cncfr.seevia.com/idc/data/cnc/Recherche/fiche2.asp?idf=4432&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Images de la cuture/CNC&lt;/a&gt;n&#176;27&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_1567 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L500xH375/PDVD_001-5988e.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 44.8 ko' style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>2. Entretien avec Jacques Deschamps</title>
		<link>http://www.annebrunswic.fr/Entretien-avec-Jacques-Deschamps,216</link>
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		<dc:date>2013-01-26T11:52:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Brunswic</dc:creator>


		<dc:subject>Article en Home Page</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ard&#232;che Images Production poursuit une int&#233;ressante collection de portraits de cin&#233;astes documentaristes.&lt;strong&gt; Mograbi Cinema&lt;/strong&gt; explore l'&#339;uvre et la m&#233;thode de l'Isra&#233;lien, inventeur de nouvelles formes documentaires pour chacun de ses films. Entretien avec Jacques Deschamps qui a sign&#233; ce portrait. Article paru dans Images de la culture/CNC n&#176;27&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.annebrunswic.fr/-59-Entretiens-avec-des-cineastes-" rel="directory"&gt;2. Entretiens avec des cin&#233;astes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.annebrunswic.fr/+-2-Article-en-Home-Page-+" rel="tag"&gt;Article en Home Page&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/arton216-9ba7d.jpg&quot; width='150' height='150' style='height:150px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_1571 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L340xH234/Mograbi_cinema_1-2-1b553.jpg' width='340' height='234' alt='JPEG - 24.6 ko' style='height:234px;width:340px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;
avi mograbi, la crise des apparences&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ard&#232;che Images Production poursuit une belle collection de portraits de cin&#233;astes documentaristes. Apr&#232;s &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://annebrunswic.fr/190-Entretien-avec-Jean-Marie-Barbe&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Oncle Rithy&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://prep-cncfr.seevia.com/idc/data/cnc/Recherche/fiche2.asp?idf=4263&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Le cin&#233;aste est un athl&#232;te &#8211; Conversations avec Vittorio De Seta&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://prep-cncfr.seevia.com/idc/data/cnc/Recherche/fiche2.asp?idf=4435&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Mograbi Cinema&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; explore l'&#339;uvre et la m&#233;thode de l'Isra&#233;lien, inventeur de nouvelles formes documentaires pour chacun de ses films. Entretien avec Jacques Deschamps qui a sign&#233; ce portrait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est n&#233; ce projet d'un film sur Avi Mograbi ?
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Deschamps :&lt;/strong&gt; Pour la collection de portraits de cin&#233;astes qu'il dirige &#224; Ard&#232;che Images Production, Jean-Marie Barbe m'a demand&#233; &#224; qui je voudrais consacrer un film. Je songeais &#224; Andr&#233; S. Labarthe ou Frederick Wisemann, mais j'ai &#233;galement propos&#233; Mobrabi, parce qu'en un sens, c'est un &#8220;monstre&#8221;, en tout cas un cin&#233;aste et un homme qui m'impressionne &#233;norm&#233;ment. D'abord parce qu'il r&#233;ussit &#224; faire douter de ce qu'on voit dans le documentaire. Une autre chose passionnante est le lien qu'il cr&#233;e avec les gens qu'il filme, que ce soit Ariel Sharon dans le premier film qui l'a fait conna&#238;tre, Comment j'ai appris &#224; surmonter ma peur et &#224; aimer Ariel Sharon [1996], ou le jeune soldat de Z32 [2008], son dernier film en date. Je suis aussi tr&#232;s intrigu&#233; par sa fa&#231;on de jouer avec sa propre pr&#233;sence face &#224; nous, spectateurs : cela t&#233;moigne d'un vrai culot, d'un sens du comique et m&#234;me du burlesque que je trouve incroyable et tr&#232;s myst&#233;rieux. J'avais envie de comprendre comment il invente cette mise en sc&#232;ne de lui-m&#234;me. Jean-Marie Barbe m'a dit, vas-y, fonce, et c'est l&#224; que les ennuis ont commenc&#233;.
&lt;strong&gt;
A quels obstacles vous &#234;tes-vous heurt&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mograbi n'est pas simple. Il a refus&#233; cat&#233;goriquement que je vienne en Isra&#235;l le filmer dans son travail de r&#233;alisateur. Il m'a dit : &#8220;Quand je fais un film, j'ai d&#233;j&#224; l'impression d'&#234;tre un espion, alors si j'ai un espion derri&#232;re moi, c'est impossible.&#8221; Il a &#233;galement refus&#233;, lui qui enseigne dans trois lieux diff&#233;rents (universit&#233;s ou &#233;coles de cin&#233;ma), que je le filme dans sa pratique d'enseignant. Mais tous ses refus m'ont finalement rendu service parce qu'il me mettait moi-m&#234;me vis-&#224;-vis de lui dans la position o&#249; il &#233;tait vis-&#224;-vis de Sharon. Cela m'a conduit &#224; un titre en cours de travail qui &#233;tait Mograbi ou la Qu&#234;te du monstre. De film en film, Mograbi poursuit ce qu'il y a de monstrueux en Isra&#235;l et s'y confronte. Mon film a failli s'appeler aussi Comment j'ai appris &#224; surmonter mon admiration et &#224; d&#233;tester Avi Mograbi parce qu'il s'est montr&#233; vraiment difficile. Pour finir, je suis all&#233; le filmer &#224; Berlin o&#249; il &#233;tait en r&#233;sidence d'artiste pour six mois, et cet &#233;cart s'est av&#233;r&#233; tr&#232;s f&#233;cond. Le fait que je ne parle pas h&#233;breu et qu'il ne parle pas fran&#231;ais, que nous &#233;changions en anglais ajoutait un &#233;cart int&#233;ressant. A un moment du tournage, je l'ai &#233;galement rejoint &#224; Bergen (Norv&#232;ge) o&#249; il installait ses vid&#233;os pour une exposition. M&#234;me s'il n'&#233;tait pas tr&#232;s g&#233;n&#233;reux en temps et en paroles, c'&#233;tait bien de le rencontrer sur un terrain qui lui &#233;tait inconnu. Pour le montrer dans son activit&#233; d'enseignant, nous avons organis&#233; une rencontre avec les &#233;tudiants en Master documentaire &#224; Lussas o&#249; il explique, entre autres, comment son travail a d&#233;but&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'est sans doute pas facile de mettre en sc&#232;ne un artiste qui se met lui-m&#234;me en sc&#232;ne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait le vrai probl&#232;me. En fait, je me suis tr&#232;s vite effac&#233; parce qu'il occupe tr&#232;s bien la sc&#232;ne et qu'il ma&#238;trise tout. Mais je n'ai pas eu de mal &#224; l'installer face &#224; des &#233;crans car il fait &#231;a dans ses propres films &#8212; par exemple dans Pour un seul de mes deux yeux [2005], lorsqu'il converse &#224; distance avec son ami palestinien enferm&#233; dans les Territoires occup&#233;s. Il s'est si bien pr&#234;t&#233; &#224; cette mise en sc&#232;ne qu'&#224; un moment, en revoyant des passages de Z32, il s'est remis &#224; chanter &#224; c&#244;t&#233; de sa propre image en train de chanter dans le film. Ces proc&#233;d&#233;s tr&#232;s simples rendent compte, dans mon film, de sa fa&#231;on de faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment comprenez-vous sa mani&#232;re de se mettre en sc&#232;ne dans ses films ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son premier film sur Sharon (son vrai premier film, les pr&#233;c&#233;dents n'&#233;tant pas des films qui portaient vraiment sa marque d'auteur), il fait l'idiot, le clown, il joue presque un personnage comique &#224; la W.C. Fields, en poussant tr&#232;s loin l'absurde. Dans &lt;i&gt;Ao&#251;t, avant l'explosion&lt;/i&gt; [2001], il va encore plus loin, il joue trois r&#244;les &#224; la fois, son personnage, celui de sa femme et celui de son producteur, dans des crises d'hyst&#233;rie sur-jou&#233;es, de style cabaret. Dans Z32, il cr&#233;e un op&#233;ra de chambre dans son salon, il r&#233;ussit une com&#233;die musicale documentaire inou&#239;e, comme on n'en a jamais vue. En fait, ce qui m'a donn&#233; envie de faire le film, c'est le d&#233;sir de comprendre comment il invente ces formes, d'en parler avec lui. Comment trouve-t-il de nouvelles &#233;critures et postures de film en film ? Pourquoi, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; omnipr&#233;sent &#224; l'image, devient-il si discret dans Pour un seul de mes deux yeux ? Il explique qu'il avait pouss&#233; la logique de l'absurde trop loin. Il r&#233;appara&#238;t autrement dans Z32, sous une cagoule qu'il d&#233;coupe puis retire, de fa&#231;on comique et ironique au d&#233;but ; mais il retrouve ensuite beaucoup de gravit&#233; avec les paroles de la chanson qu'il interpr&#232;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette qu&#234;te de nouvelles formes ne r&#233;pond-elle pas &#224; sa propre qu&#234;te vis-&#224;-vis de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne dont il cherche constamment &#224; ouvrir les yeux sur la question palestinienne (sans y parvenir) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa position politique est tr&#232;s claire, mais il ne la met jamais en avant et n'adopte jamais la posture du h&#233;ros. Par exemple, dans son film sur Sharon, il ne raconte pas qu'il a fait un peu de prison parce qu'il a refus&#233; de faire son service militaire au Liban. Dans Z32, il ne dit pas que ses fils ont refus&#233; de porter l'uniforme. Ce qui m'int&#233;resse, en effet, c'est comment sa fa&#231;on de s'engager d&#233;termine des formes cin&#233;matographiques. Il se pose des questions sur la place du spectateur et ne lui laisse jamais la place confortable de l'indignation facile contre les crimes de Sharon ou du soldat Z32. Il nous place au plus pr&#232;s des contradictions de tous ces gens qui vivent dans ce pays invivable, cet enfer dont t&#233;moigne Ao&#251;t, avant l'explosion. Mograbi nous montre m&#234;me comment il peut y avoir de la d&#233;mocratie dans un pays qui la pi&#233;tine. Il peut se permettre de filmer des soldats et m&#234;me de les insulter, chose impossible ici.
&lt;strong&gt;
C'est d'une grande honn&#234;tet&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, il rend compte de ce privil&#232;ge qu'il a, du seul fait qu'il est Isra&#233;lien (et juif), de pouvoir t&#233;moigner et de d&#233;noncer. Et il a m&#234;me l'honn&#234;tet&#233; incroyable de dire qu'il guette avec sa cam&#233;ra le moment o&#249; des faits tr&#232;s violents vont se produire. Lorsque nous parlons de Pour un seul de mes deux yeux, il explique que le cin&#233;aste qu'il est, s'il veut d&#233;noncer, ne peut que souhaiter que la situation d&#233;rape. Il a un rire un peu d&#233;moniaque quand il raconte &#231;a. Il ne craint pas de r&#233;v&#233;ler sa propre part de monstruosit&#233;. Il n'est pas du c&#244;t&#233; des bien-pensants contre les m&#233;chants. Dans Z32, par exemple, il explore le m&#233;canisme d'un meurtre commis en toute impunit&#233;.
&lt;strong&gt;
Le point de vue de Mograbi n'est jamais ext&#233;rieur ni en surplomb.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, jamais. Sa cam&#233;ra par exemple est toujours l&#224; avec son trembl&#233;, ses flous. Dans son montage, il coupe de fa&#231;on d&#233;lib&#233;r&#233;ment brutale. De cette fa&#231;on, il nous rappelle qu'il est devant une r&#233;alit&#233; qui est en train d'&#234;tre film&#233;e, qui est manipul&#233;e par lui, dans laquelle il devient m&#234;me provocateur pour que des situations se produisent. Le spectateur ne se trouve pas devant la r&#233;alit&#233;, mais une r&#233;alit&#233; vue par lui qui a ses propres d&#233;terminations. C'est &#224; partir de ce point de vue qu'il nous montre les risques quotidiens que courent les Palestiniens dans la situation o&#249; ils sont, et qu'il montre comment le consensus id&#233;ologique se fabrique. Il montre, par exemple &#224; partir du mythe de Massada [dans Pour un seul de mes deux yeux], comment se fabrique le sentiment d'&#234;tre agress&#233; qui conduit &#224; rejeter dans un r&#233;flexe de l&#233;gitime d&#233;fense la pr&#233;sence m&#234;me des Palestiniens. Il montre comment cette id&#233;ologie se transmet aux jeunes g&#233;n&#233;rations, &#233;coliers, jeunes soldats, par la visite sur le site arch&#233;ologique de Massada. Les anciens combattants sont l&#224; pour leur inculquer l'id&#233;e du sacrifice pour la patrie, l'id&#233;e qu'il faut &#234;tre pr&#234;t &#224; donner sa vie, &#224; &#234;tre presque un kamikaze. Mograbi r&#233;ussit &#224; montrer comment fonctionne cet endoctrinement sans nous ass&#233;ner qu'ils sont des monstres, des criminels. Et dans le film suivant, Z32, il montre comment s'op&#232;re le passage &#224; l'acte.
&lt;strong&gt;
Sans ass&#233;ner de condamnations, il n'&#233;vite pas toujours la col&#232;re.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans Ao&#251;t, avant l'explosion, il y a une sc&#232;ne troublante o&#249; il se met en col&#232;re contre des soldats isra&#233;liens qui retiennent des enfants palestiniens derri&#232;re une barri&#232;re et les emp&#234;chent de rentrer chez eux apr&#232;s l'&#233;cole. Cette col&#232;re, il s'en est expliqu&#233;. M&#234;me si elle est r&#233;elle, il ne perd pas conscience qu'il fait un film et, quand il insulte les soldats, il est conscient d'&#234;tre un personnage de son film et de cr&#233;er une sc&#232;ne. Ce qui est int&#233;ressant, c'est qu'un des jeunes soldats, sid&#233;r&#233; de voir un adulte isra&#233;lien en col&#232;re, lui dit : &#8220;J'esp&#232;re que tes enfants verront dans quel &#233;tat tu te mets.&#8221; Les deux fils d'Avi, bien entendu, ont vu cette sc&#232;ne. Et son dernier film Z32, justement, met en sc&#232;ne la jeune g&#233;n&#233;ration. Le film est parti de la participation de Mograbi &#224; l'association Briser le silence o&#249; d'anciens appel&#233;s t&#233;moignent anonymement des actes qu'ils ont commis en servant leur pays &#8211; en toute bonne foi, au moment o&#249; ils les ont commis. Mograbi a accompagn&#233; pendant plusieurs ann&#233;es le travail de cette association dans le cadre de son activit&#233; militante, jusqu'au jour o&#249; il s'est dit que le t&#233;moignage de celui qui se fait appeler Z32 devait entrer dans un film. Il n'a pas recul&#233; devant la difficult&#233; de faire un film avec quelqu'un dont on ne verrait pas le visage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment a-t-il travaill&#233; &#224; partir de la contrainte de ne pas montrer le visage de &lt;i&gt;Z32&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Evidemment, il ne s'agit pas pour Mograbi de se substituer &#224; la police ou de d&#233;noncer &#224; la justice internationale le jeune homme en d&#233;voilant ses traits. Ni de trahir l'anonymat de sa petite amie &#224; qui il se confie. Il commence par flouter compl&#232;tement le visage de Z32, puis il laisse appara&#238;tre les yeux, la bouche. Lorsqu'on pourrait croire avoir affaire &#224; son vrai visage, Mograbi r&#233;v&#232;le l'artifice num&#233;rique : chaque fois que les jeunes gens mettent la main &#224; la bouche pour fumer, on voit qu'il y a un masque. Mograbi cr&#233;e chez le spectateur un trouble que je trouve passionnant. Il ne cesse de nous dire que ce qu'on voit n'est pas ce qu'on voit, que c'est du cin&#233;ma, du trucage, une illusion. Ce trouble essentiel est l&#224; dans tous ses films.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que le masque ne transforme pas ce jeune homme particulier en une g&#233;n&#233;ralit&#233; ? Il deviendrait le visage de toute la jeunesse, en tout cas de tous les jeunes soldats ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mograbi a cr&#233;&#233; le visage du jeune homme &#224; partir des traits d'un ami de son fils. Beaucoup de gens lui ont dit qu'ils pensaient le reconna&#238;tre ; il a le visage de beaucoup de jeunes qui, apr&#232;s leur service militaire, cessent de se raser, partent en Am&#233;rique latine ou en Inde, et fument beaucoup de cannabis. Ils int&#232;grent une mani&#232;re de vivre cool. Il y a quelque chose d'assez ind&#233;cent &#224; les voir faire du home cinema, avachis, en train de fumer leurs joints. Ils sont tr&#232;s cool alors qu'ils ont commis le pire. C'est tr&#232;s fort de mettre en &#233;vidence l'&#233;cart entre ces jeunes gens sympas, qui font leur vid&#233;o de couple dans leur salon, et le tragique de ce qui se dit entre eux : le meurtre, l'impossibilit&#233; du pardon. Et par contraste avec l'extr&#234;me banalit&#233; deces images, Mograbi se met en sc&#232;ne lui-m&#234;me avec un dispositif tr&#232;s &#233;labor&#233;, &#224; l'inverse de ses premiers films. On est dans la pi&#232;ce de son appartement o&#249; il s'est film&#233; dans les films pr&#233;c&#233;dents, mais l&#224;, en contrepoint des t&#233;moignages des jeunes gens, il incarne une sorte de ch&#339;ur antique avec une parole chant&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; lui vient, selon vous, cette inventivit&#233; si singuli&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne le connais pas assez pour le dire. Il a d'abord travaill&#233; dans le cin&#233;ma commercial, dans la publicit&#233; comme directeur de production et premier assistant sur de grosses productions ; il a bien gagn&#233; sa vie dans l'industrie du film. Il vient tard &#224; la r&#233;alisation et, quand il y vient, il tourne le dos &#224; tout ce qu'il sait d&#233;j&#224; faire, il cherche. Il utilise de petites cam&#233;ras et fabrique des images d&#233;lib&#233;r&#233;ment sales, boug&#233;es, mais gr&#226;ce aux dispositifs qu'il invente, il cr&#233;e une grande force et, &#224; mon sens, une vraie beaut&#233;. D'embl&#233;e, il se situe loin du cin&#233;ma direct, du cin&#233;ma militant, du documentaire d'immersion, car aussit&#244;t il se met en sc&#232;ne lui-m&#234;me. Ce qui l'int&#233;resse, c'est de mettre en crise le syst&#232;me de repr&#233;sentation. Y compris, par exemple la fa&#231;on d'&#234;tre speaker. Ce n'est pas parce qu'on s'adresse &#224; la cam&#233;ra droit dans les yeux qu'on dit la v&#233;rit&#233;. Au contraire, lui, il utilise le proc&#233;d&#233; de l'aveu pour faire de la fiction, faire du faux. La relation qu'il instaure avec Sharon n'est pas avec l'homme public, mais avec ce gros bonhomme jovial qui bouffe et raconte des blagues avec sa femme. Le monstre politique est en m&#234;me temps un monstre d'humanit&#233;. Mograbi, d&#232;s ce premier film, casse absolument tous les st&#233;r&#233;otypes de l'homme politique tel qu'on a pu le voir, y compris dans le cin&#233;ma documentaire.&lt;strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toute son &#339;uvre pourrait s'intituler A la recherche du monstre&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne perd jamais de vue que cette personne sympathique qu'il a en face de lui est capable de mentir de fa&#231;on &#233;hont&#233;e quand elle est en campagne &#233;lectorale. C'est en jouant lui-m&#234;me le r&#244;le de quelqu'un qui succombe &#224; la fascination qu'il accuse le trait monstrueux de Sharon. Lorsqu'il utilise une vid&#233;o d'actualit&#233;s tourn&#233;e par des journalistes au lendemain du massacre de Chatila, la m&#234;me que celle qu'Ari Folman utilise &#224; la fin de &lt;i&gt;Valse avec Bachir&lt;/i&gt; [2008], il en fait un usage tout &#224; fait diff&#233;rent. Alors que Folman donne pour r&#233;elles ces images en fort contraste avec le reste qui est un film d'animation, Mograbi les pr&#233;sente comme un cauchemar qu'il aurait fait. &#199;a change tout. Mograbi ne cesse jamais de nous dire qu'il est cin&#233;aste, qu'il est en train de manipuler des mat&#233;riaux dangereux car ils peuvent nous impressionner sans nous donner acc&#232;s &#224; la conscience de ce qu'est l'&#233;v&#233;nement lui-m&#234;me. Sans cesse, il me donne &#224; penser ce qu'est une image.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez peu de &lt;i&gt;Happy Birthday, Mister Mograbi &lt;/i&gt; ! [1998]. Ce film vous a-t-il moins int&#233;ress&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'y fais plusieurs fois allusion dans mon film, mais je ne pouvais pas &#234;tre exhaustif. Une des vid&#233;os de l'installation qu'on voit &#224; Bergen est, &#224; l'origine, une s&#233;quence de ce film. Je le cite aussi directement, lorsqu'on voit Mograbi dans son lit, d&#233;rang&#233; par l'appel t&#233;l&#233;phonique de son producteur. Je ne montre pas beaucoup non plus The Reconstruction [1994], son premier documentaire. Dans ce film, il installe une narration en voix off et se sert des archives d'une mani&#232;re tout &#224; fait traditionnelle. Par la suite, il rejette totalement ce cin&#233;ma qui repose sur le postulat de la v&#233;rit&#233; de l'image et du commentaire. Il le fait imm&#233;diatement exploser dans Sharon&#8230; en se mettant en face de la cam&#233;ra et en racontant que sa femme l'a quitt&#233;, alors que c'est faux. Lorsque dans Z32, il proc&#232;de &#224; nouveau &#224; l'autopsie d'un meurtre (comme dans The Reconstruction), il fait lui-m&#234;me les interrogatoires au lieu d'utiliser ceux de la police.
&lt;strong&gt;
Mograbi est-il tout le temps en train de faire l'autopsie d'un meurtre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, oui. Isra&#235;l est la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle il appartient, dans laquelle il a grandi, &#224; laquelle il reconna&#238;t aussi une qualit&#233; et un droit. En tant que cin&#233;aste isra&#233;lien, il &#339;uvre pour que son pays sorte de cette chose sinistre qu'il ne supporte pas. Il ne souhaite pas la destruction de ce pays, mais veut que la soci&#233;t&#233; prenne conscience de ce qu'elle commet. De film en film, il reconstitue ce crime qui travaille la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne et qu'il veut comprendre, sans jamais se mettre lui-m&#234;me dans la position d'un justicier mais au contraire de quelqu'un qui est profond&#233;ment boulevers&#233; et remis en question par sa propre d&#233;marche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces questions qui habitent Mograbi travaillent-elles aussi votre cin&#233;ma ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est &#233;vident que lorsqu'on filme un visage, lorsqu'on demande &#224; quelqu'un de se raconter, c'est un acte de mise en sc&#232;ne. Je mets en danger cette personne, dans une situation qui n'a rien d'&#233;vident ni d'imm&#233;diat. On ne peut pas pr&#233;tendre montrer le monde tel qu'il est. Je suis oblig&#233; de me demander quelle repr&#233;sentation je fabrique du monde &#224; partir du moment o&#249; je filme. Mograbi pose cette question au point le plus dense, le plus risqu&#233;. La question du cin&#233;ma militant se pose &#224; moi dans d'autres termes parce que je ne vis pas dans une soci&#233;t&#233; comme la sienne. J'ai une certaine distance vis-&#224;-vis du cin&#233;ma militant parce que la bonne conscience produit rarement des films passionnants. Je ne pr&#233;tends pas montrer les choses telles qu'elles sont, je questionne cette position d'affirmation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mograbi travaille &#224; mettre en crise les apparences. Pensez-vous que le cin&#233;ma ait ce pouvoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cin&#233;ma a tout le pouvoir de montrer comment les apparences sont fabriqu&#233;es. Si le cin&#233;ma a une vocation, c'est celle &#224; combattre la t&#233;l&#233;vision dominante. Plus exactement, ce qu'il faut combattre, c'est la prise du pouvoir par la t&#233;l&#233;vision et la prise de la t&#233;l&#233;vision par le pouvoir. Le cin&#233;ma peut le faire. Je crois qu'il appartient au cin&#233;ma de combattre la manipulation des gens et des esprits avec les effets d'imm&#233;diatet&#233;, de direct qui ne laissent jamais le temps de penser les choses. Cela peut s'appeler vid&#233;o, installation ou s'incarner dans de nouvelles formes sur le net. Mais il reste encore &#224; combattre les images par les images et les discours par des mises en crise de ces discours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Propos recueillis en ao&#251;t 2012&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Article publi&#233; par &lt;a href=&quot;http://prep-cncfr.seevia.com/idc/data/cnc/Actualites/parutions.asp&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Images de la Culture/CNC n&#176;27&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.annebrunswic.fr/IMG/jpg/idc27001.jpg&quot; title='JPEG - 14.7 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L109xH150/idc27001-470f3-6353f.jpg' width='109' height='150' alt='JPEG - 14.7 ko' style='height:150px;width:109px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>1. Entretien avec Manuela Fr&#233;sil</title>
		<link>http://www.annebrunswic.fr/Entretien-avec-Manuela-Fresil,215</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Brunswic</dc:creator>


		<dc:subject>Article en Home Page</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Aboutissement d'un long travail cin&#233;matographique sur le rapport &#224; l'animal dans notre soci&#233;t&#233; domin&#233;e par l'agro-industrie, &lt;strong&gt;Entr&#233;e du personnel&lt;/strong&gt; a re&#231;u le grand prix de la comp&#233;tition fran&#231;aise au FID-Marseille 2011. Article paru dans Images de la culture/CNC n&#176;27.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.annebrunswic.fr/-59-Entretiens-avec-des-cineastes-" rel="directory"&gt;2. Entretiens avec des cin&#233;astes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.annebrunswic.fr/+-2-Article-en-Home-Page-+" rel="tag"&gt;Article en Home Page&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/arton215-439c5.jpg&quot; width='150' height='100' style='height:100px;width:150px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Ceux qui vont &#224; l'abattoir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
Entre Normandie et Bretagne, des usines g&#233;antes transforment 24h sur 24 les b&#234;tes vivantes - vaches, porcs ou poulets - en barquettes de viande sous film plastic destin&#233;es aux supermarch&#233;s. Dans ces sites industriels ultramodernes se concentre une extr&#234;me violence, celle faite aux b&#234;tes tu&#233;es &#224; la cha&#238;ne et celle faite aux ouvriers qui y travaillent dans des conditions insoutenables. C'est &#224; ces milliers d'hommes et de femmes issus des vertes campagnes environnantes que la r&#233;alisatrice Manuela Fresil donne la parole de mani&#232;re chorale et par moment m&#234;me chor&#233;graphique. Aboutissement d'un long travail cin&#233;matographique sur le rapport &#224; l'animal dans notre soci&#233;t&#233; domin&#233;e par l'agro-industrie, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://prep-cncfr.seevia.com/idc/data/cnc/Recherche/fiche2.asp?idf=4368&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Entr&#233;e du personnel&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; a re&#231;u le grand prix de la comp&#233;tition fran&#231;aise au FID-Marseille 2011. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand avez-vous commenc&#233; &#224; travailler sur le projet d'Entr&#233;e du personnel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Manuela Fr&#233;sil : &lt;/strong&gt; J'ai mis sept ans &#224; faire le film. Pour moi, les films sont comme des poup&#233;es russes et un projet en engendre souvent un autre. J'ai r&#233;alis&#233; un film sur un &#233;levage industriel (&lt;i&gt;Si loin des b&#234;tes&lt;/i&gt;, 2003, Arturo Mio/Arte) suite &#224; un autre film sur le mythe de la vie &#224; la campagne (&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.film-documentaire.fr/Notre_campagne.html,film,7666&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Notre campagne&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 1999, Amip/Arte). Cela m'avait amen&#233;e en Bretagne &#224; rencontrer des gens qui &#233;taient pris dans le syst&#232;me agro-industriel de production. Un &#233;leveur de porcs, boulevers&#233; d'&#234;tre accus&#233; de maltraiter les b&#234;tes, m'avait fait venir dans son exploitation. Les conditions de vie des b&#234;tes que nous avons observ&#233;es &#233;taient &#233;pouvantables mais il ne le voyait pas. Mon premier film portait sur le malaise de ces &#233;leveurs que le syst&#232;me industriel emp&#234;che d'&#234;tre vraiment des &#233;leveurs. J'&#233;tais alors entr&#233;e dans les abattoirs pour filmer l'aboutissement du processus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez donc commenc&#233; &#224; filmer dans les abattoirs il y a plus de dix ans ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, nous &#233;tions en 1999, en plein dans le scandale du poulet &#224; la dioxine, qui succ&#233;dait &#224; celui de la vache folle. La fili&#232;re du porc &#233;tait fragilis&#233;e par une affaire de peste porcine en Espagne et au Danemark. L'union europ&#233;enne mettait en place des directives sur le bien-&#234;tre des animaux et la tra&#231;abilit&#233;. Les industriels, notamment les Bretons, &#233;taient encore tr&#232;s fiers de &#8220;nourrir la plan&#232;te&#8221;, le grand enjeu depuis les ann&#233;es 1960, et tr&#232;s fiers de la modernit&#233; de leurs dispositifs. En rencontrant les ouvriers des abattoirs, je leur ai pos&#233; la m&#234;me question qu'aux &#233;leveurs : &#8220;Qu'est-ce que &#231;a vous fait de faire &#231;a aux b&#234;tes ?&#8221; Mes interlocuteurs qui &#233;taient des syndicalistes ont r&#233;pondu que ce n'&#233;tait pas leur probl&#232;me. Eux, ils travaillaient &#224; l'emballage, &#224; la d&#233;coupe ou dans le secteur frigorifique. Sur une usine de 2 500 salari&#233;s, seulement 35 sont &#224; la tuerie, les autres travaillent la viande. Mais tous se plaignaient de douleurs aux &#233;paules, aux muscles. Moi, j'ai &#233;t&#233; frapp&#233;e du fait qu'ils souffraient &#224; l'endroit m&#234;me o&#249; ils d&#233;coupaient les b&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les plaintes de ces travailleurs des abattoirs ont-elles &#233;t&#233; &#224; l'origine de ce nouveau projet de film ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, j'ai &#233;t&#233; boulevers&#233;e de les entendre raconter ce qu'ils vivaient sur la cha&#238;ne, je n'imaginais pas que c'&#233;tait aussi dur. On pr&#233;tend qu'il n'y a plus d'ouvriers en France. En fait, il y en a encore beaucoup mais pas forc&#233;ment l&#224; o&#249; l'on pense. Ils sont concentr&#233;s dans les zones rurales ou dans la grande p&#233;riph&#233;rie des zones urbaines. Les cadences n'ont pas cess&#233; de s'acc&#233;l&#233;rer et le travail &#224; la cha&#238;ne, en tout cas dans ce secteur, est bien pire qu'il n'a jamais &#233;t&#233;. Une femme m'a parl&#233; en pleurant d'une calcification &#224; l'&#233;paule qui l'emp&#234;chait de bouger. A son aspect, je la croyais pr&#232;s de la retraite, elle n'avait que 40 ans ! La France est le deuxi&#232;me exportateur de viande de l'Union europ&#233;enne, le troisi&#232;me du monde. La recherche de comp&#233;titivit&#233; sur le march&#233; international de l'agro-alimentaire pousse en permanence &#224; l'acc&#233;l&#233;ration des cadences, jusqu'&#224; l'extr&#234;me limite. D&#232;s les premiers entretiens avec les ouvriers, j'ai &#233;t&#233; touch&#233;e par la puissance de r&#233;sistance de leur parole. Certes, ils sont enferm&#233;s physiquement et socialement dans cette usine qu'ils ne veulent pas quitter, car ch&#244;mer serait pire que tout. Mais ils ne sont pas dans une ali&#233;nation qui ferait d'eux les complices de leurs bourreaux. Ils sont tr&#232;s conscients de leur situation. Aussi d&#233;truits qu'ils soient, ils savent o&#249; ils en sont et ils le disent d'une mani&#232;re tr&#232;s belle. Mais pour moi, il &#233;tait hors de question de faire du cin&#233;ma direct.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rejetez-vous le principe m&#234;me du cin&#233;ma direct ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non, en fait j'aime beaucoup le regarder mais je n'aime pas le faire. La responsabilit&#233; que l'on prend vis-&#224;-vis des gens qu'on filme me met tr&#232;s mal &#224; l'aise. M&#234;me si j'avais r&#233;ussi &#224; convaincre quelques travailleurs de prendre le risque de t&#233;moigner face &#224; la cam&#233;ra, je n'aurais pas voulu travailler en cin&#233;ma direct. C'est un dispositif qui risque de nous conduire les uns et les autres dans un endroit o&#249; nous n'avons pas d&#233;cid&#233; d'aller. De plus, je crains de ne pas parvenir &#224; capter quelque chose d'int&#233;ressant, d'&#234;tre dans une forme de portrait hagiographique un peu ben&#234;t des gens qu'on filme. Il faut admettre que le cin&#233;ma fonctionne, quoiqu'on dise, dans une mise en sc&#232;ne de la cruaut&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce le r&#233;alisateur qui est cruel ou la r&#233;alit&#233; qu'il filme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui fait un film, c'est la cruaut&#233; du monde. Le cin&#233;ma est un art du r&#233;cit et le r&#233;cit se b&#226;tit sur des obstacles et des d&#233;passements. En fiction, &#231;a ne pose pas de probl&#232;me mais en documentaire, &#231;a me fait peur. Je n'aime pas prendre un engagement vis-&#224;-vis des gens si je ne suis pas s&#251;re d'&#234;tre en mesure de le tenir. J'ai tr&#232;s peur pour les gens que je filme. Dans ce film, il ne s'agissait pas de raconter l'histoire d'une personne mais celle de tous, car ils racontaient tous la m&#234;me histoire. Ils &#233;taient tous pris dans un destin qui leur paraissait sans &#233;chappatoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce ainsi que vous en &#234;tes venue &#224; une &#233;criture chorale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, l'histoire que je voulais raconter &#233;tait celle de tous ces travailleurs, pris dans une multitude d'usines &#224; la fois. D&#232;s le d&#233;part, je savais que je ne pourrais pas tourner dans une seule usine car je n'aurais jamais pu convaincre un directeur d'abattoir de me laisser tourner en totale libert&#233; avec ses ouvriers pendant quinze jours dans ses locaux ! Au total, nous avons tourn&#233; &#224; l'int&#233;rieur de huit usines, auxquelles s'ajoutent six ou sept autres usines pour les ext&#233;rieurs. Les tournages &#233;taient toujours tr&#232;s brefs. Nous allions &#224; la p&#234;che sans rep&#233;rage, au d&#233;but sans savoir du tout ce que nous trouverions. Apr&#232;s, avec le temps, comme toutes ces usines sont organis&#233;es sur le m&#234;me mod&#232;le, nous parvenions &#224; anticiper.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certaines sc&#232;nes de travail &#224; la cha&#238;ne sont dignes des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt;. Comment se passent les tournages &#224; l'int&#233;rieur des usines ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant les tournages, nous sommes toujours accompagn&#233;s par un cadre de l'usine qui contr&#244;le nos images. Je suis oblig&#233;e de jouer un jeu qui brouille un peu les cartes afin que l'op&#233;rateur puisse tourner avec plus de libert&#233;. Mon chef op&#233;rateur, qui est aussi mon compagnon, a le talent de se rendre invisible ! Mais nous travaillons n&#233;cessairement en pirates. Lorsque j'enseigne le documentaire, que ce soit &#224; la fac, &#224; Lussas, au GREC, j'insiste sur le fait que filmer est une exp&#233;rience partag&#233;e avec les gens qu'on filme. Mais moi-m&#234;me, pour embrasser ce sujet, j'ai d&#251; mettre entre parenth&#232;ses un certain nombre de normes th&#233;oriques et morales que j'enseigne. Cela me met dans une situation tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able. Si vous annoncez au directeur d'une usine un sujet sur la souffrance, vous n'y entrerez jamais. Il ne s'agit pas non plus de mettre en danger dans son emploi le cadre qui nous accompagne. La solution est de rendre les images tout &#224; fait anonymes. Aucun indice ne permet de savoir o&#249; tel plan a &#233;t&#233; tourn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;s les textes qu'on entend en off ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'embl&#233;e, en &#233;coutant les ouvriers parler de leur vie, j'ai &#233;t&#233; saisie par la beaut&#233; de leur langage, j'ai per&#231;u une parole po&#233;tique sur le r&#233;el. Il suffisait de la mettre par &#233;crit pour que cela devienne de la litt&#233;rature. J'ai commenc&#233; dans diverses usines par enregistrer en son seul quatre-vingts entretiens que j'ai tout de suite retranscrits. A partir de l&#224;, j'ai fait un travail de montage et de r&#233;&#233;criture. La deuxi&#232;me &#233;tape consistait &#224; monter, &#224; condenser comme dans un alambic, &#224; d&#233;canter mais en m'interdisant d'inventer. Par ma formation, je suis monteuse. C'est peut-&#234;tre ce qui explique mon malaise vis-&#224;-vis du cin&#233;ma direct car le montage est la r&#233;&#233;criture du r&#233;el. Il y a tout de m&#234;me dans le film quelques moments de cin&#233;ma direct comme l'interview du tueur de porcs. Nous l'avions tourn&#233;e dans un abattoir pour le pr&#233;c&#233;dent film et ce monsieur &#233;tant parti &#224; la retraite depuis longtemps, il ne risquait plus rien. Mais le projet du film ne pouvait pas reposer enti&#232;rement sur une s&#233;rie de petits miracles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La parole ouvri&#232;re vous a paru po&#233;tique. De quel point de vue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand on sait tr&#232;s bien o&#249; l'on en est, qu'on est tr&#232;s centr&#233; sur ce qu'on veut dire, le langage en un sens d&#233;passe la pens&#233;e. Par exemple, un homme me dit : &#8220;Non, je n'ai pas gard&#233; de relation intime avec la volaille.&#8221; C'&#233;tait en r&#233;ponse &#224; ma question : &#8220;Est-ce que vous avez gard&#233; des amis ?&#8221; Cela dit beaucoup sur cette relation intime avec la chair. J'ai trouv&#233; que particuli&#232;rement dans le secteur de la volaille, cette relation avait quelque fois un c&#244;t&#233; obsc&#232;ne, avec toute cette chair rose avec ces trous b&#233;ants, cette accumulation de visc&#232;res&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos principes de mise en sc&#232;ne avec tr&#232;s peu de sons synchrones se sont-ils tout de suite impos&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, je voulais que la voix off soit d&#233;connect&#233;e de la personne qu'on voit &#224; l'image. Mais au montage, cela nous a pos&#233; beaucoup de probl&#232;mes. J'ai travaill&#233; avec un monteur tr&#232;s exp&#233;riment&#233; mais il nous a fallu plusieurs semaines pour emp&#234;cher que la parole absorbe le visage, pour emp&#234;cher que le spectateur attribue automatiquement les mots entendus &#224; la personne film&#233;e, ce qui aurait &#233;t&#233; une trahison insupportable. Il fallait trouver une &#233;criture qui fasse sentir que la voix n'appartient pas &#224; cette personne qu'on voit mais &#224; une personne qui lui ressemble. Notre travail avec les com&#233;diens a aussi &#233;t&#233; tr&#232;s difficile car je ne voulais pas non plus qu'on sente que cette voix avait &#233;t&#233; r&#233;&#233;crite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces textes se situent entre l'oral et l'&#233;crit. On n'entend pas de b&#233;gaiement, pas l'h&#233;sitation d'une pens&#233;e qui se cherche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est une des premi&#232;res choses qui m'avait frapp&#233;e dans les paroles entendues, leur nettet&#233;, l'absence d'h&#233;sitation. Les personnes &#233;taient la plupart du temps des syndicalistes, ou des syndiqu&#233;s. Leur pens&#233;e ne se cherchait pas, elle s'&#233;tait trouv&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vous est venue l'id&#233;e de pousser la th&#233;&#226;tralisation jusqu'&#224; mettre en sc&#232;ne ce moment de mime collectif devant l'usine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir des ann&#233;es 2000, entrer dans les usines est devenu beaucoup plus difficile. Il nous a fallu une ann&#233;e enti&#232;re pour obtenir la derni&#232;re autorisation qui nous manquait. Comme on ne savait pas si on l'obtiendrait, il fallait trouver des solutions. L'usine &#233;tant une forteresse, je voulais aller au pied de ses murs filmer l'impossibilit&#233; d'y entrer. Comment mettre en sc&#232;ne cette id&#233;e un peu abstraite ? En discutant avec les syndicalistes, l'id&#233;e s'est pr&#233;cis&#233;e de les photographier &#224; l'ext&#233;rieur, au plus pr&#232;s de la limite autoris&#233;e, tels qu'ils sont, non dans l'usine, mais dans la vie. Certains sont venus habill&#233;s en sportifs, en syndicalistes, mais &#231;a s'est vite &#233;puis&#233;. Et c'est &#224; ce moment qu'est venue l'id&#233;e de leur faire faire le geste du travail &#224; vide. Car le travail &#8211; m&#234;me s'il n'occupe que 35 heures par semaine &#8211; envahit toute leur vie. S'ils n'avaient pas &#233;t&#233; prot&#233;g&#233;s par leur mandat syndical, ils auraient pris de gros risques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par rapport &#224; vos films pr&#233;c&#233;dents, votre d&#233;marche s'est-elle radicalis&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui. A l'exception de mon film de fin d'&#233;tudes &#224; la FEMIS, &lt;i&gt;Terre-neuvas&lt;/i&gt; (1993), c'est le seul film o&#249; j'ai fait exactement ce que j'ai voulu. Dans tous les autres films que j'ai r&#233;alis&#233;s pour la t&#233;l&#233;vision, j'ai fait des concessions. L&#224;, je suis all&#233;e o&#249; je voulais aller. Nous avons re&#231;u du CNC une aide au court-m&#233;trage mais, malgr&#233; le prix au FID, aucune t&#233;l&#233;vision ne l'a pris.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_1562 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L299xH115/entreedupersonnel_1-d1175.jpg' width='299' height='115' alt='JPEG - 16.1 ko' style='height:115px;width:299px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
Vos prochains projets ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon cycle &#8220;paysans et travail&#8221; est achev&#233;. Je travaille en ce moment sur la sexualit&#233; des femmes africaines immigr&#233;es, plus pr&#233;cis&#233;ment sur la transmission de la f&#233;minit&#233; dans l'immigration. Ce sujet qui me tient &#224; c&#339;ur depuis longtemps m'a conduit &#224; me rapprocher d'associations de femmes africaines. Faire comprendre qu'il y a de&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_1566 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;width:120px;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.annebrunswic.fr/IMG/jpg/idc27001-2.jpg&quot; title='JPEG - 14.7 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L109xH150/idc27001-2-1e96c-e3b43.jpg' width='109' height='150' alt='JPEG - 14.7 ko' style='height:150px;width:109px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;l'amour, de la s&#233;duction, du d&#233;sir dans des situations qu'on imagine tr&#232;s ali&#233;n&#233;es, &#231;a me passionne. Je r&#233;fl&#233;chis &#224; un autre sujet tout &#224; fait diff&#233;rent : le tribunal administratif. Je voudrais, gr&#226;ce au cin&#233;ma, rendre concr&#232;te l'id&#233;e tr&#232;s abstraite de la s&#233;paration des pouvoirs. Le tribunal administratif est un v&#233;ritable contre-pouvoir et c'est tr&#232;s important les contre-pouvoirs ! Ce qui m'est devenu &#233;vident apr&#232;s &lt;i&gt;Entr&#233;e du personnel&lt;/i&gt;, c'est qu'il ne faut pas renoncer &#224; raconter les choses qu'on ne peut pas capter en direct. Qu'il s'agisse de la transmission de la f&#233;minit&#233; chez les femmes africaines ou du tribunal administratif, l'important ne se donne pas &#224; voir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Propos recueillis en avril 2012. Article paru dans &lt;a href=&quot;http://prep-cncfr.seevia.com/idc/data/cnc/Actualites/parutions.asp&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Images de la culture/CNC&lt;/a&gt; n&#176;27&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_1563 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.annebrunswic.fr/local/cache-vignettes/L500xH378/Entree-du-personnel_5-ee177.jpg' width='500' height='378' alt='JPEG - 65.2 ko' style='height:378px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Entr&#233;e du personnel 2&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chine, un voyage avec Marie-Jos&#233; Mondzain</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Brunswic</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Carnet d'un voyage en compagnie d'amis &#233;tonnants. R&#233;alis&#233; avec la collaboration d'Antoine Dabrowski.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.annebrunswic.fr/-Rares-et-introuvables,3-" rel="directory"&gt;4. Rares et introuvables&lt;/a&gt;


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