Caracas, 16 janvier, à la recherche d’un bus.

J’ai prévu de partir dimanche pour Cumaná où Esmeralda, une écrivaine amie de Chucho, m’accueillera. Reste à trouver un bus, à réserver une place. Iziel m’accompagne en auto dans ce parcours d’épreuves. Première information d’importance, il existe des terminaux publics et des terminaux privés. Au terminal privé le plus proche, les informations sont distribuées avec parcimonie. Il y aura peut-être un bus dimanche mais on ne le saura que samedi soir, après la fermeture du terminal. Aucune information disponible sur internet, il faut arriver sur place à 6h, tenter sa chance. L’opération est hasardeuse. Le second terminal privé ne desservant pas cette destination, la question est vite réglée. Reste le terminal public situé en périphérie tout à l’est. La sortie de l’autoroute n’étant pas signalée, Iziel se perd, nous nous retrouvons dans un tunnel obscur, apparemment en chantier, ça se présente mal. Après maints détours, nous montons les marches d’un terminal décati, années 1960. Une seule compagnie dessert Cumaná mais personne derrière le guichet. Elle est partie déjeuner, dit le monsieur du guichet voisin, celui qui dessert l’Amazone. Nous montons à la buvette. Avant de boire la limonade nationale, Iziel nettoie avec un mouchoir le goulot de la bouteille, on n’est jamais trop prudente. Retour au guichet. Une employée d’une trentaine d’années, revêche, carrément hostile. Iziel lui soutire l’information : le car quotidien part à 18h et arrive vers 1h du matin. Pour acheter son billet, il faut arriver vers 5h du matin et se mettre dans la queue. Le prix est modique, quelques milliers de bolivars, mais il faut en payer la moitié en espèces. Comment s’en procurer ? Les bolivars en espèces sont en train de disparaître de la circulation. Est-ce que, du temps de l’Union soviétique, on maltraitait les voyageurs à ce point ?
Retour au premier terminal où une autre option se présente : un taxi partagé, por puesto. Dès que le chauffeur a fait le plein de clients, il prend la route, n’importe quel jour à n’importe quelle heure. Cela revient à 10 dollars qu’il faut payer en billets verts. Il est recommandé de voyager de jour, la nuit, les attaques de diligence sont monnaie courante. Heure de départ idéale 7h du matin. Seul hic, le taxi ne va pas jusqu’à Cumaná, on change de monture à Puerto La Cruz, 100 km avant la destination finale. Le chef de la corporation locale des taxis est rassurant, ça se passera bien, appelez-moi à 6h30, je vous dirai où on en est. Il laisse son numéro à Iziel. En passant du public au privé, on passe du statut d’usager à celui de client. J’aurais préféré un bus populaire, je vais voyager avec la classe moyenne. Les vrais riches ont des chauffeurs particuliers ou des jets privés.
Les guides touristiques omettent de signaler que les informations, quand il en existe, ne sont disponibles que sur place, qu’il faut plus de deux heures pour s’assurer d’un transport dont on ne connait pas l’heure de départ, ni a fortiori l’heure d’arrivée. Il est bon, à ce stade, de rappeler que Caracas est une bulle de luxe en comparaison du reste du pays.
Moi à Iziel : Comment tu supportes tout ça ? Elle avec un bon sourire : Depuis ma naissance, je n’ai connu que ça.
