Caracas, 2 janvier, fumigación.

J’arpente l’avenue Francisco Miranda à la recherche 1. D’une boutique de cigares que l’olibrius antisémite d’hier m’a indiquée, 2. D’un adaptateur électrique. Je peux vivre sans cigarillos mais sans ordinateur, que vais-je devenir ? Je suis taraudée par cette angoisse depuis deux jours. Évidemment, tout est fermé. Dans un magasin de bricolage, j’achète une ampoule destinée à la lampe de chevet de l’hôtel Tijuana. Les quincailleries spécialisées dans l’électricité ont tiré le rideau. Ouvriront-elles, lundi ou plus jamais ? A quoi bon, tout manque, y compris les clients. Je maudis les sanctions étatsuniennes, le blocus, le marché noir qui vide les étals des magasins.
Je suis mal placée pour me plaindre des sanctions. Au prix de quelques détours, je mange à ma faim. L’opposition dit que le Vénézuélien moyen a perdu dix kilos, le gouvernement dit seulement deux. J’examine les passagers du métro. La plupart sont sveltes mais pas décharnés. Certains messieurs âgés flottent dans leurs jeans. On voit encore ici et là des femmes rondes, des postérieurs généreux moulés dans des jeans qui ne laissent place à aucun doute. Les gosses ont l’air bien nourris, choyés. J’ai fait le même constat à la cathédrale, lors de la messe du 31 décembre. La foi nourrit les âmes.
Retour au Tijuana. Le réceptionniste : vous devez quitter la chambre. Fumigación. J’ai une heure pour plier bagage. Je suis la seule cliente et on me jette à la rue. C’est quoi cet enfumage ? Moi, fumace : pourquoi vous ne m’avez pas prévenue ce matin quand je vous ai payé pour cette nuit ? Lui : je viens juste de l’apprendre. Moi : vous allez me rembourser ? Lui : Oui, bien sûr, on va voir si votre carte passe dans le lecteur.
Message de détresse à Chucho. Oswell arrive, me dépose au Plaza Mayor, une ou deux étoiles au-dessus du Tijuana mais toujours 25 euros la nuit. Nous sommes deux clients dans l’hôtel. Je fais la difficile. La première chambre n’a ni fenêtre ni table pour travailler, en revanche un très vaste lit, des éclairages tamisés et des miroirs un peu partout. Je n’ai que faire d’un baisodrome. On me propose une chambre du même genre mais avec fenêtre. La Wifi ne passe pas, mon ordinateur est à plat. Qu’est-ce que tu fais là ? Ce palais de marbre est à pleurer.
J’écris sur mon téléphone couplé à mon clavier bloutouffe. Ça marche moyennement.
