Valencia, Dalia ou le féminisme de bureau.

Laura Antillano m’entraîne au musée des Beaux-Arts. On va y projeter Parque Central, quatre fictions cousues autour d’un lieu symbolique de Caracas au temps de son avant-gardisme architectural. L. A. a signé un des épisodes. Une jeune fille arrive de province. Un jeune homme aux intentions suspectes la suit jusque chez elle. Il la séduit. Elle est amoureuse, comblée sexuellement. Elle revient sur sa première impression. Le petit ami lui fait rencontrer un vieux monsieur adorable qu’il fait passer pour son grand-père. A ce stade, le spectateur n’a plus de doute mais l’héroïne est aveuglée. Elle découvre son appartement cambriolé et réalise un peu tard que la première impression était la bonne. Un conte morlal.
Le soir, je parle de ce scénario avec L.A.. Elle voit son héroïne comme une proie facile, victime d’une naïveté provinciale et de carences affectives. Le réalisateur les a rendues évidentes en ajoutant au scénario des poignets tailladés. Cet artifice me gêne. Après tout, si cette jeune fille cherchait de l’amour, elle en a reçu un artefact, si elle cherchait du sexe, elle a été bien servie. Marché de dupes certes mais la chérie ne demandait qu’à être dupée. Tout se paie. L.A. est un peu surprise par mon cynisme.
Trois mariages ratés suivis d’une longue psychanalyse. Après un cancer du sein, elle a pris sa retraite du sexe. Il reste les deux chats. Elle se prive sûrement de nourriture pour les chouchouter.
Elle me met en contact avec Dalia X., une personnalité de la galaxie chaviste. Universitaire, élue, chargée de responsabilités du côté de l’égalité des genres. Sur les antennes de la radio gouvernementale, elle tient une chronique hebdomadaire destinée aux femmes. Je la titille sur les grossesses très précoces, une de mes obsessions du moment. Elle prône une éducation sexuelle précoce à l’école. Même musique qu’avec Anna à la commune 23 de Enero ou avec José à Cumaná. La légalisation de l’avortement n’est pas au programme chaviste. Je soutiens que le sujet est politique puisque seules les filles pauvres accouchent précocement, Dalia élude. J’ai bien tort de m’obstiner, la base chaviste est déjà assez fragilisée, ce n’est pas le moment de se mettre à dos les sectateurs du petit Jésus.
Une limonade chez le glacier en face du musée en compagnie du mari de Dalia, directeur de la radio gouvernementale où elle officie. J’aurais préféré une bière en cette fin d’après-midi mais les lieux de débauche sont rares. Le mari me montre un parking de voitures à vendre, des 4x4 rutilants. « Regardez, où voyez-vous de la misère ? Il y a de tout ici ». Répondant à une question que je n’ai pas posée « notre voiture a 12 ans. »
Au retour, L. A. me demande mes impressions. Par courtoisie, je dis « mitigées ». Dalia n’est pas une proche, dit-elle. Elle n’a jamais rencontré son mari. Nous convenons que Dalia a des œillères. Je préfère les gens traversés de contradictions. En romancière, elle m’approuve.
